Le Coeur pressé
Mon deuxième livre, Le Coeur pressé : vers et prose solitaires, vient de paraître chez Edilivre.
Mon deuxième livre, Le Coeur pressé : vers et prose solitaires, vient de paraître chez Edilivre.
A lire absolument !
« La crise financière et le Baby Boom des années 50 ont eu pour résultat l’explosion du nombre de quinquagénaires rejetés par le marché du travail du XXIème siècle. Les suicides et les actes de délinquance de cette catégorie de population ont quasiment doublé ces dix dernières années. Parmi ces nouveaux défavorisés, l’ouvrier contremaître Léonard Bornstein, 57 ans, licencié en fin de droits, inéligible pour la retraite, qui découvre à ses dépens que la France a les minima sociaux parmi les plus bas d’Europe, et que le déclassement auquel il est soumis va le condamner à vivre à la rue. Un acte de rébellion irréfléchi le conduit en garde à vue et il prend conscience à cette occasion d’un fait libérateur… »
Commander le livre (Editions du Net).
A Edmond et Annie, des amis rencontrés presque par hasard. Le hasard fait souvent bien les choses…
Je donne à mes poèmes –
Souvent –
Un nom – un titre –
De Noblesse :
Celui des gens que j’aime –
Qui m’émeuvent et me poussent.
Aujourd’hui confondus en une même pensée –
Dans un même sentiment
Et dans le même détour :
Edmond, Annie.
Et puisque si l’on aime –
On ne chipote pas –
Je ne compterai ce jour ni les vers ni les rimes :
A deux âmes exactes, aujourd’hui je m’arrime.
Je les mêle toutes deux et les pétris ensemble
De mes paumes tendues et d’un Cœur grand ouvert –
Les manches bien retroussées
Pour aller jusqu’au fond –
Bien au-delà du coude, au-dessus de l’épaule :
Ils me viennent à la tête.
Je les sens comme une Fête.
J’en ferai mon gâteau –
Aussi suave qu’eux –
Peut-être.
« L’amitié est parfois virtuelle »,
Disent sottement les oies gonflées de farces.
La mienne est bien réelle –
Au fond de ma belle cuve
Où je tends à faire vivre cette pâte à lever
En y versant – goutte à goutte –
Et mes larmes salies –
Et mon œil ébloui.
C’est Noël, bientôt.
L’Avent n’est pas passé ! Pourtant…
Au pied de mon Sapin –
Une galoche cirée – pleine d’une belle orange –
Un sourire, une chaleur –
Et quelques papillotes.
Edmond a posé là son merveilleux cadeau !
Au sommet de mon arbre
Se perche une belle Etoile
Qui scintille comme l’espoir embrasé d’un message.
L’oiseau s’est posé là, comme une lettre au passage.
Annie regarde. Elle sourit. C’est Elle –
Qui verse sur toutes les branches une cascade de guirlandes –
Abreuvant les racines, les cadeaux et les Yeux.
Quant à moi, pauvre hère émerveillé
Par ces deux douces lumières –
Je mets un couvert de plus –
Au cas où un Pauvre frapperait à ma porte –
Comme une Prière.
Perdue dans l’Univers –
La petite boule se perd
Depuis la nuit des temps
En de vaines conjectures –
Et des guerres intestines.
Toute petite – minuscule, ridicule –
Dans l’Infinité –
Elle se divise pourtant
Comme une orange
Sans quartiers.
Les Orangers, sur Terre !
Les hommes – espèce terrible –
La conquièrent, l’occupent et puis l’habitent –
S’insultent et la ravagent –
Ne savent toujours pas qu’ils vivent et meurent ensemble –
Avec d’autres espèces –
Sur ce grain de poussière qui nourrit tout le monde
De son jus exprimé.
Ils ignorent qu’ils sont – perdus –
Un tout petit rien, un fragment de poussière
Comme elle, insignifiants –
Dans le très vaste Ether.
Ils se haïssent, se battent – et s’époustouflent –
Pour leur seule particule :
A leur petite échelle, ils ne peuvent voir qu’eux-mêmes –
Surtout pas l’Autre –
Moins encore la Planète qui les abrite, les protège –
Qui les ferait rêver d’hier, d’aujourd’hui – et de demain peut-être.
Tous les hommes croient en leurs propres dieux –
Là-haut ou ici-bas.
Des chiffres, des équations, et combien de mystères !
Qu’importe : ils croient tous au Ciel comme à cette pauvre Terre.
La Terre !
Elle a fait leur triste fortune et leur belle infortune
Au milieu – pensent-ils – d’un vide très bien chauffé par une grosse étoile
Qu’ils ont nommée Soleil –
Que d’autres appelaient Dieu !
A Olive, un ami qui dessine avec talent son humeur et la mienne.
OLIVE
Le trait – bien inspiré –
Est juste et coloré.
Le dessin se projette
Où se reposent des bulles –
Des histoires, des vignettes.
L’Artiste est somnanbule.
Olive – noyau pulpeux –
Fait couler toutes ses huiles –
Son encre en bout d’épine.
Du pinceau – juste un peu –
Et de sa plume utile,
Il vous taille – comme une mine.
Au bout de son fusain
Qui erre sur la planche
Il s’amuse à croquer –
La tête dans les mains –
Ce qui fait rire, pleurer
Et qui se paye en tranches.
Je vous livre deux trois mots
Prisonniers du cartouche
Où se disent tous les maux :
Ceux qui blessent et qui touchent.
En deux coups de crayon
S’arrachent tous vos bâillons,
Vos silences, vos bandeaux,
Vos mots tus, vos rideaux.
Le trait – bien inspiré –
Est juste et coloré.
C’est le Cœur qui s’affale
Sur une belle feuille étale.
Par Michèle Rivasi et Sébastien Barles
Depuis quelques mois Marseille est redevenue la ville plus vraiment pagnolesque de l’époque de la French Connection dans le traitement médiatique qui est le sien. L’affairisme, le clientélisme, les règlements de compte, l’amoncellement de poubelles dans les rues, la chasse aux Rroms et maintenant aux pauvres avec l’arrêté anti-mendicité du maire, la valse des préfets, la montée de la violence dans les quartiers nord, la dictature d’un syndicat majoritaire qui sape les fondements même des services publics locaux… gangrènent la cité phocéenne. La ville étouffe dans l’agonie de l’héritage defferro-gaudiniste et la chute du baron Guérini ; une ville gouvernée pour la moitié de ces habitants, avec la Canebière comme limès, dans un rapport clientéliste et consumériste à la politique.
La ville part à la dérive car il n’y a plus de pilote à son bord. Jean-Claude Gaudin n’a pour seule ambition que de laisser une trace dans sa ville en édifiant des « éléphants blancs » sans prendre en considération l’utilité sociale de ses projets à l’instar du Palais de la Glace et de la Glisse dans la ville la plus chaude de France ou en sur-endettant sa commune et ses contribuables en leur faisant payer la couverture du stade Vélodrome pour la bagatelle de 273 millions d’euros. Les dirigeants politiques dans leur ensemble manquent de vision pour bâtir la cité du XXIe siècle : solidaire, écologique et démocratique. La gestion de l’espace public est symptomatique de cette errance visionnaire : on continue de construire des parkings aspirateurs à voitures en plein centre ville en supprimant des parcs, stades et jardins publics ; on privatise tout espace partagé pour des clientèles locales ; on ferme la pelouse de la Porte d’Aix en y mettant en « pâturage » trois bridages de CRS pour empêcher les riverains de l’utiliser…
Or, Marseille est riche d’atouts exceptionnels : une situation privilégiée au coeur de l’euro-méditerranée et au centre de l’arc latin, au débouché du sillon rhôdanien ; deux heureux événements à venir qui peuvent se révéler être une aubaine pour sortir la ville de son atonie et construire la voie d’une éco-métropole méditerranéenne fondée sur un développement soutenable : la création du Parc national des Calanques (premier parc péri urbain d’Europe avec entrée maritime et littorale) et Marseille, capitale européenne de la culture 2013 (la culture pouvant participer à casser certaines représentations de la ville et à engager des chantiers de transformation de l’espace urbain) ; un pôle universitaire et de recherche important ; un tissu associatif très dense ; un projet de requalification de son arrière port avec le projet Euroméditerranée qui peut s’avérer utile pour recoudre la ville, fédérer les acteurs locaux et s’inventer un nouveau destin collectif …
Pour redonner de l’espoir à la deuxième ville de France, nous appelons à la création d’un comité d’éthique et de moralisation de la vie publique locale dans le but de redorer le blason de la ville en veillant à l’exemplarité dans les pratiques des décideurs locaux. Il s’agit de mettre en place une structure de veille, composée de personnalités morales, de représentants associatifs dont l’objet est la transparence démocratique, de juristes, qui pourrait s’auto-saisir ou être saisie par les citoyens de tout problème relatif à la corruption, aux conflits d’intérêts, au clientélisme…
Ce comité pourrait également, au moment des élections, interpeller les candidats sur la base d’une charte d’engagements reprenant notamment les prescriptions de Transparency International en matière de transparence dans la passation des marchés publics… L’objectif est de sortir Marseille de sa « mal-gouvernance », de garantir l’intégrité et la transparence de la vie publique locale par une instance de veille au service des citoyens.
L’attente est forte chez les marseillais de voir leur ville se transformer dans son paysage urbain et ses pratiques locales. Nous ne voulons plus que Marseille soit moquée à l’extérieur. Nous refusons comme fatalité le folklore marseillais qui fait rire à Paris mais exaspère les marseillais et les nouveaux arrivants.
Marseille ne doit plus être abandonnée par l’Etat et l’Union européenne. Un plan Marschall doit être adopté pour doter la métropole de moyens de transports, de logements sociaux et d’équipements publics dignes de ce nom. Nous interpellons les candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils s’engagent dans cette voie. Marseille n’a rien à envier aux grandes capitales euro-méditerrannéennes que sont Gênes et Barcelone.
Une métamorphose doit être enclenchée. Marseille, ville populaire et métissée s’est toujours relevée au cours de sa longue et tumultueuse histoire.
Debout Marseille !
Ce qui suit n’est pas de moi et j’en suis désolé. Ce texte merveilleux de Paul Valéry est une préface à « Quelques règles du Jeu de la Vie » , un recueil de pensées écrit par Ariel. Mais il s’agit de moi tout de même, avant tout, puisqu’il est question d’être.
Ouvrez donc les guillemets comme on ouvre l’oreille :
Un recueil de « Pensées » montre toujours l’effort de son auteur vers cette unité de soi-même que le monde et la vie successive inquiètent à chaque instant et empêchent de s’accomplir.
Il n’est pas sûr, après tout, que nous soyons absolument « Quelqu’un » et que nous ne soyons pas une quantité d’événements dont chacun contiendrait l’illusion du MOI…
Mais au contraire, tout esprit digne d’être un esprit travaille à séparer de la confusion, de l’insignifiance, du détail, des incidents de son histoire vraie, les éléments très précieux d’une existence qui poursuit son identité.
Toute vie réfléchie a pour résidu quelques phrases.
Je sais que trois ou quatre propositions épuiseraient tout ce que j’ai pensé et éprouvé.
Je ne dis pas que je les puisse jamais former ; mais je sens bien que tous mes discours intérieurs tendent à se réduire à un très petit nombre de « vérités » qui sont mes « vérités » propres, et que l’unité que je crois n’est au fond que ce sentiment même.
Le MOI peut, en somme, être considéré comme un idéal, dont quelques sentences, qui résumeraient une infinité d’expériences, de tâtonnements, de lueurs, de refus et de choix, seraient enfin la définition.
L’Autre –
Ailleurs –
Chez Moi ?
Qui es-tu, Toi ?
Viens donc, invite-Moi –
S’il te plaît !
Nous sommes tous des Autres
Sur cette boule unique –
Trop petits, bien trop vastes
Dans ce grand champ d’épeautre –
Au milieu du Néant.
Les larmes tombent du Ciel
Comme de grands couperets.
Les Âmes sans leur coque sombrent toutes –
Une à une –
Dans l’océan salé.
Nous sommes las, ici, de devoir contempler
Sans gémir ni pleurer
Toutes ces vies qui passent
Comme un triste radeau.
Ecoute-Moi bien, l’Autre !
Il faut nourrir le Monde
De toutes nos idées –
De toutes les céréales.
L’Espoir a disparu
Et la Terre est fendue ?
Non !
Le Blé lèvera bien un jour –
A côté d’une Source –
Près des bouches craquelées
Et des sourires ouverts.
Je fréquente les brocantes et autres vide-greniers. Que voulez-vous, j’ai une passion pour les vieux objets et les livres anciens, bref pour les antiquités.
Dimanche dernier, je tombai sur un vieux bouquin en cuir qui arborait sur sa couverture, en lettres dorées, ces mots qui peuvent parler encore : « REPUBLIQUE FRANCAISE Liberté – Egalité – Fraternité ». Dans un bel écusson ceint de palmes, aux armes de Paris : « Ville de Paris, Collège Rollin » dans les mêmes lettres d’or.
Le 4 juillet 1894, ce bel ouvrage fut remis comme prix pour « 30 témoignages de 1er ordre » (!) à l’élève Haulmann du collège Rollin à Paris. Le livre, écrit par Armand Lelioux, s’intitule Promenades au palais : hommes et choses de la justice. Il fut publié pour la seconde fois en 1884 comme l’atteste l’exemplaire que je tiens entre mes mains. Je livre à mes élèves, à mes amis, à mes visiteurs in extenso le premier paragraphe de son introduction.
Mes amis – je puis appeler ainsi les lecteurs à qui je m’adresse, d’abord parce que je suis, moi, leur ami, et ensuite parce que je suis persuadé que tous, sans exception, sont de charmantes jeunes filles ou de laborieux garçons – mes amis, donc, savez-vous quelle est, de vos nombreuses qualités, celle qui a pour effet de nous désespérer le plus souvent ? Ne vous trompez pas : n’allez pas chercher parmi vos défauts (vous en avez bien quelques uns…) Vous ne trouvez pas ? Je vais vous aider, alors : cette qualité, car c’en est bien une, et qui sera pour vous, toute votre vie, une source féconde de progrès et de jouissances – c’est… la curiosité.
Quatre pigeons sont venus se poser tout à tour sur le faîtage de la vieille maison d’en face. Le toit est en tôle ondulée. Il est tout rouillé. Il est aussi vieux que la bâtisse qu’il protège tant bien que mal de la pluie, de la neige, du vent, de toutes les intempéries, le soleil y compris.
Tout là-haut les pigeons s’organisent en toisant le village. Il y a entre eux une égale distance, un mètre à vue de nez. Et l’illusion commence devant mes yeux chassieux et mon bol de café. Il est sept heures du matin.
On n’entend rien d’ici, pas le moindre roucoulement. Les volatiles se bécotent tout en se becquetant le plumage de concert comme dans un rituel. Qui ose dire encore que ces bêtes-là sont sales et sans amours !
Soudain un pigeon se rapproche d’un autre et brise du même coup le bel écart égal, cette harmonie visuelle, toute cette géométrie. Le quatrième, à droite, s’éloigne alors pas à pas, prend sa place à l’écart et poursuit sa toilette sur le vieux toit rouillé. On sent venir alors une prise de becs, aussitôt parée car l’oiseau exilé – on ne sait pas pourquoi – s’envole et disparaît. On n’est plus à la fête.
Ces pigeons ont un grain dans la tête comme au bec. Les voilà qui se toisent à nouveau et trottinent l’un vers l’autre dans une belle anarchie. Dans un vain battement d’ailes et comme des funambules, ils défont encore l’agencement initial de ma propre esthétique. Et leurs plumes grises redeviennent banales. Je descends de leur ciel (et du mien), déçu de n’avoir pu leur demander ce qu’ils faisaient là-haut sur ce perchoir de fortune.
Je suis redescendu à l’étage supérieur pour écrire ces lignes après l’observation. Audubon n’aurait pas fait mieux malgré ses beaux dessins et ses planches colorées. Je remonte maintenant sous mon toit pour contempler à nouveau la scène et tenter de la comprendre mieux. Le toit d’en face est vide, les pigeons se sont volatilisés. Sans doute ont-ils élu domicile dans des quartiers divers.
A l’horizon, pas la moindre tourterelle, pas l’ombre d’une colombe.