Vacances

L’actualité me déprime, disais-je ailleurs. Je suis rentré des Alpes ce soir par nécessité et y retournerai demain comme la limaille va à l’aimant.

J’ai lu et entendu ici et là certaines interventions officielles et autres faits divers qui, si j’ai bien compris, pourraient faire de l’automne une saison bien plus « chaude » que cet été torride. Est-ce possible ? Je ne parle pas du Tour de France (inintéressant pour moi, comme le tennis, le foot, le golf, etc., mais tellement distrayant pour d’autres), pas même de son rituel passage par mes très chères Alpes : alors que certains pédalent sous les applaudissements et les micros, beaucoup rament dans la même sueur mais sur d’autres pentes, plus silencieuses, plus anonymes et souvent bien plus dures.

Bref, l’actualité me déprime, alors je replie le journal et décide de n’allumer ni radio ni télé. Je fais l’autruche. Nous verrons bien dans quelques semaines, lorsque je sortirai la tête du sable. Qui sait, peut-être nous annoncera-t-on enfin une bonne nouvelle…

Nous sommes aujourd’hui le 14 juillet 2010. Voilà que, pour me divertir un peu, juché sur ma terrasse marseillaise, je vois le ciel noir tout pomponné de feux multicolores : ils ont tous la même forme ronde et s’ordonnent bêtement comme des boules sur un sapin de Noël artificiel. Pas la moindre guirlande, le moindre tourbillon, la moindre originalité : juste des couleurs qui s’éteignent, seconde après seconde, après avoir fait semblant d’embraser le ciel. Et ça dure, ça dure… d’interminables minutes dans une moiteur étouffante qui me précipite enfin derrière ma baie vitrée, sous le climatiseur. Pas très écologique, soit, je vous l’accorde, mais je m’en fiche ! La chaleur humide m’incommode ; elle m’empêche de rêver, de penser et d’écrire. Et surtout, surtout, elle m’interdit de dormir !

Vivement demain midi où je retrouverai, dans ma fraîcheur artificielle et la pénombre de mes persiennes baissées, un excellent ancien élève (un artiste !) qui a bien voulu illustrer mes textes. Nous déjeunerons avant de travailler. Je lui ai apporté des Alpes une tourte au saumon et aux poireaux, une aux herbes avec des lardons, ainsi qu’une tomme, des pêches et quelques abricots.

Vivement demain soir, aussi, où je reprendrai la route pour coucher dans le lit frais de ma maisonnette en montagne !

A bientôt. Je serai de retour à la mi-août. En attendant, je vous invite à savourer Schumann, interprété par le pianiste roumain Radu Lupu et/ou à lire le post suivant, un petit texte que m’a inspiré mon humeur du moment.

Le noir et le silence

Je suis un pianiste renommé. Je me suis produit dans les plus grandes salles du monde.

Je fus victime d’un grave accident à l’âge de trente-cinq ans, il y a vingt ans à peine. Je me rendais en voiture à la Roque d’Anthéron pour y donner un concert. Mon automobile percuta un arbre, m’a-t-on expliqué, puis finit sa course dans un fossé après maintes cabrioles. On la retrouva sur le toit et moi dedans, inanimé, la tête renversée comme elle.

Ce soir-là, je devais jouer Schubert, Chopin, Rachmaninov, Bach et Schumann. Le concert fut bien sûr annulé et je passai quelques longs moments à l’hôpital. Comme par miracle, j’en sortis vivant, hélas aveugle et sourd, dans le noir et le silence.

Depuis cet accident, je vis dans un monde isolé bien à moi, aidé par ma sœur qui a décidé de me prendre en charge ; qui s’occupe de moi jour et nuit, me nourrit, me lave, me cajole et m’extirpe à chaque instant de mon silence nocturne – ou de ma nuit silencieuse. Pour communiquer, elle et moi avons élaboré un nouveau langage : des tapotements sur l’avant-bras. Du bout des doigts, elle me demande si j’ai besoin ou envie de quelque chose ; je lui réponds de la même manière. Je n’ai certes pas perdu l’usage de la parole mais comme je ne m’entends pas, je préfère parler avec les doigts, c’est-à-dire avec l’une des quelques aptitudes que je n’ai pas perdues dans l’accident.

Il nous fallut des mois et beaucoup de patience pour mettre au point et perfectionner cette langue nouvelle que ma sœur et moi sommes les seuls à « parler » et comprendre. Nous sommes convenus d’un certain rythme pour construire des mots, des phrases et des idées, et même une intonation : du bout des doigts, nous pouvons nous interroger, nous exclamer et même sourire ou froncer les sourcils. Je refuse en effet, pour ce qui me concerne, de dire mon contentement, ma colère, ma tristesse ou mes peurs autrement qu’avec mes phalanges ! Car pour parler, il faudrait que je m’entende. Or, seuls mes doigts permettent de saisir ce que je peux exprimer.

J’ai perdu l’ouïe et la vue. Il me reste le toucher – essentiel – le goût et l’odorat. Tiens, ma sœur est en train de préparer mon plat préféré, pour me faire plaisir : une daube provençale. J’en salive à l’avance avant de laisser libre cours à mes papilles. Dans l’air flotte aussi un parfum de polenta agrémentée de beurre et de laurier. Un régal ! C’est curieux, on dirait que mes narines et ma langue ont remplacé mes yeux et mes oreilles ; qu’elles ont pris toutes deux la relève. Seuls mes doigts ont augmenté leur propre force en ajoutant à leur virtuosité l’art nécessaire de la compréhension.

Ma sœur approche, tapote sur mon avant-bras qu’elle a ouvert comme un clavier. Le repas est bientôt prêt. Elle me dit la recette et toute la gamme des saveurs que j’ai déjà humées. Elle m’offre enfin son propre bras sur lequel je dis tout mon bonheur de savourer son plat. Pour finir ma phrase exclamative, j’enfonce longuement mon index dans sa chair.

Le repas est terminé. Je rejoins mon vieux fauteuil en cuir où je vais faire la sieste en laissant à ma sœur un moment de répit. La pauvre a tous ses yeux pour faire la vaisselle, mettre un peu d’ordre dans la maison et, je devine, écouter à la radio des musiques que je ne peux pas entendre. Dans mon silence et mon obscurité, je lui pardonne de soupirer d’aise en me croyant endormi.

La nuit venue (je mesure le temps et l’obscurité réelle au rythme d’un emploi du temps banal, ici l’heure du coucher), allongé dans mon lit, je me mets à tapoter encore, cette fois-ci sur mes draps et ma couverture. Je fais mes gammes et puis, quelques minutes après, entame un concerto, une valse puis une nocturne. C’est l’unique moment, seul dans ma chambre, où je m’autorise, même si je n’entends rien, à fredonner pendant que j’interprète, un peu comme Glenn Gould quand il jouait du Bach. Je meurtris le coton et la laine de mes doigts écartés, de mes mains qui vont et viennent en passant l’une par-dessus l’autre. Je finis doucement, tendrement, en caressant mes linges. Et je m’endors ainsi, bercé par le souvenir sonore de ces belles mélodies.

La nuit est ma seule fugue, mon seul instant magique car, dans mes songes, je vois tout le monde et entends tous les sons. Je rêve de mes concerts, de la vue d’un grand piano sur la scène, du public dans le noir ; de ses applaudissements et de ses ovations. Mon infirmité ne me coupe du monde extérieur que lorsque je suis éveillé.

Ce matin, je reçois un message angoissé sur mon bras ballant : aurais-je passé une mauvaise nuit ? Mes draps sont tout froissés et la couverture est parterre. Je comprends tout de suite que j’ai trop bien rêvé et que ma sœur s’inquiète. Je réponds du majeur droit que j’ai sans doute passé la nuit à faire de la musique, à me déchaîner sur un piano sans bruit au milieu d’une multitude de notes couchées sur une portée imaginaire. Elle tapote l’oreiller, les draps, la couverture et remet tout en place. C’est l’heure de mon petit-déjeuner. Et pour elle, le moment inattendu d’une nouvelle écoute !

Ma sœur a fait livrer un piano droit auquel elle m’installe aussitôt après m’avoir aidé à faire ma toilette. Sur mon bras déjà posé sur le clavier, elle me fait savoir que c’est un piano moderne dont on peut couper le son pour ne pas déranger les voisins. La musique est capturée par les seules oreilles du pianiste au moyen d’écouteurs.

Me voilà donc au piano avec un instrument qui ne me servira pas. Je fais mes gammes et puis, comme dans mon lit, j’interprète, presque en vrai, l’adagio du concerto pour piano de Ravel. J’entends toutes les notes et je joue avec elles. Je me laisse emporter en silence. Je sens que mes lèvres esquissent un sourire.

Ma sœur m’interrompt au bout de quelques minutes et me fait signe du bout des doigts qu’elle a remis le son. Je marque ma surprise en traçant sur son bras une clé d’ut suivie d’un point d’orgue. Elle me rassure un peu : l’aveugle jouera tout de même en sourdine, le dimanche.

Depuis ce jour maudit où le piano a été livré, ma vie est mieux réglée qu’un métronome. Pardonnez-moi tous ces mots d’esprit stupides : ils ne sont pas les miens ! En effet, tout ce que vous lisez n’a pas été écrit par moi. Comment pourrais-je écrire, moi qui ne vois ni n’entends rien ? Non, ce que je vous livre ici a été imprimé maladroitement, succinctement sur le bras de ma sœur bien aimée qui a tout retranscrit, à sa manière, avec force fioritures. Moi, je ne voulais établir qu’un simple pont – à sens unique – entre moi et le reste du monde, une passerelle spirituelle en quelque sorte, d’où seraient exclus la pitié et les larmes. Je lui ai demandé maintes fois de transmettre mes pensées aussi simplement que mes marques sur son bras. Vous le dit-elle sincèrement en écrivant ces lignes ? Je la sens soudain irritée par mon orgueil aveugle et sourd ; elle griffe sur mon bras une grosse clé de fa.

Las ! Je m’entraîne tous les jours, pendant de nombreuses heures, à ce piano bizarre dont ne s’échappe aucune note, hormis le dimanche – et la nuit, quand je fredonne. Voilà des mois que mes repas et mes siestes sont interrompus par de longs intermèdes où je frappe comme un sourd sur des touches qui ne chantent plus. C’est à ce prix que je peux encore me délecter d’une daube provençale. Vous l’avez compris, ma sœur me fait chanter. Un comble !

Si je ne peux écrire tout ce que je vous dis aujourd’hui autrement que par le truchement de la seule qui me comprenne (et m’interprète), vous vous étonnerez sans doute que je puisse jouer du piano. Eh bien, sachez qu’avant mon accident, j’avais mémorisé des centaines de partitions, que je jouais toujours les yeux fermés ! Comme bien d’autres virtuoses, je n’aurais jamais fait l’injure à un compositeur de ne pas connaître sa musique par cœur et de l’interpréter les yeux ouverts.

J’ai conservé dans la tête et le cœur les plus belles œuvres, y compris les modernes comme celles de Gerschwin, Berstein ou Legrand. Et voilà, pauvre de moi, que ma mémoire me joue un vilain tour puisque, me rappelant absolument tout à la quadruple croche près, je n’ai pas la moindre excuse pour ne pas pratiquer.

Après des mois de travail forcé, ma sœur vint un jour à moi alors que je savourais ma sieste. Je sentis, en plus d’une bonne odeur de caramel, quelques tapotements sur mon bras. Que pouvait justifier qu’elle me sortît de mon repos, fût-ce avec un flan ? La crème ne passa pas : ma bonne sœur avait pris langue avec le directeur d’un festival et avait obtenu qu’on m’y inscrivît comme soliste. J’enfonçais mon doigt furieux dans le bol puis dessinai une très grosse clé d’ut bien appuyée sur son bras, qu’elle ne retira pas.

Contraint et forcé, mais heureux tout de même, je demeurais au piano même aux moments de pause. Plus de sieste, quelques minutes de repos à peine. Je redevenais, par la seule volonté de ma sœur, voyante et prompte au moindre bruit, un athlète du clavier. Le concert aurait donc lieu comme prévu, par elle et le directeur du festival, dans deux semaines à peine. Le programme avait été ficelé sans que je pusse donner mon avis faute de doigté : ce serait Schubert, Chopin, Rachmaninov, Bach et Schumann.

On me fit un costume, me coupa les cheveux, le tout avec des ciseaux sans l’ombre d’un cliquetis. Debout, assis, puis debout encore ! Et puis, enfin, exténué par tous ces mouvements dont je comprenais difficilement la verticalité et les angles inclinés, je me retrouvais assis à mon piano, bien droit, les mains lévitant d’abord au-dessus du clavier et prises ensuite dans de folles courses et de terribles arpèges.

J’attendais le concert bien plus impatiemment que le tailleur. J’étais prêt à jouer. Et je n’avais pas peur. Que pourrait-il bien arriver si d’aventure je faisais d’improbables fausses notes ? Des huées ? Des « Remboursez ! » ? Ma sœur, toujours là pour me protéger, me reconduirait alors immédiatement à la maison en me complimentant. Je n’avais vraiment rien à craindre.

Le soir du concert arriva enfin. Sur le bras, elle me fit comprendre que j’étais bien habillé, très élégant, mignon comme tout. La salle était comble, pleine de mille personnes. On me fit asseoir sur un long tabouret recouvert de velours. Je tournai la tête vers le public invisible et, faisant face au piano, suspendis majestueusement mes mains au-dessus du clavier. Je sentis, avant de commencer, que le silence des gradins était aussi épais et impénétrable que le mien. Alors je me lançai.

J’interprète Bach, en fredonnant un peu, et puis Rachmaninov, Schumann et Schubert. On a demandé à la salle de ne pas applaudir entre les morceaux puisque je n’entends ni ne vois rien. Je termine par Chopin après ma dernière halte intercalaire. Au beau milieu de la Polonaise n°6 en la bémol majeur, je me soulève de mon siège. Je frappe furieusement toutes les touches comme lorsque, jadis, je regardais mon piano et entendais, extatique, notre vacarme harmonieux. Je suis transporté par le rythme athlétique et la fougue de cette musique insonore. Et je me laisse aller.

Le succès est total. Le public est debout, applaudit à tout rompre. On m’emmène loin du piano, tout au bord de la scène. On m’arrête dans mon élan, juste à temps pour m’éviter de sombrer dans la fosse comme dans le ridicule. Je salue la foule invisible et inaudible et je repars, les bras encombrés de fleurs odorantes. On sonne le rappel par des doigts crispés sur mon bras secoué par de multiples vrilles. Je m’exécute en silence et joue une mazurka puis une nocturne.

Je me dresse alors dans un nouveau tumulte invisible. Je longe mon piano et l’embrasse tout en caressant ses formes rondes, amples, suaves et vernies. De mes doigts endoloris et gonflés, je palpe aussi ses cordes et ses marteaux. Je le remercie de sa fidélité et de son amour.

En trois temps deux mouvements, je rejoins au bras de ma sœur, sans maudire, la loge qui me fut assignée.

Nous sommes maintenant, je crois, loin de la scène où se tient encore dignement mon instrument. Quelqu’un dispose un verre entre les doigts de ma main droite. Je lève la mince coupe en devinant des bulles. Serait-ce donc une flûte ?

Fatigué, je secoue la main pour que ma sœur m’assiste. Où est-elle ? Elle est juste à côté et me prend par ce bras qu’elle triture pour me dire que j’étais grand et beau ; que j’ai joué divinement ; que j’ai transporté l’immense foule au bout de mes doigts ressuscités. Et par une clé de sol à jamais gravée dans mon bras, elle me dit qu’elle est fière de moi.

Assis tout près d’elle, en regardant le vide, réfugié dans le silence obscur de ma contemplation, je la sens qui vibre comme les cordes d’une harpe. Elle prend mon visage dans ses mains, comme un étau, et pose sur mon front un baiser appuyé, aussi profond qu’une ronde suivie d’un long soupir. Elle m’embrasse partout, me couvre de sa chaleur ; et sur nos joues épuisées je sens couler un mélange de larmes.

Le soir, à la maison, avant de déguster mon mets, je jouai pour elle seule l’Humoreske, op. 20 de Schumann, un merci en privé, du bout des doigts et de l’âme, suivi de quelques mots enfin à son oreille.

Ceci n’est pas un poème !

L’appel du 24 juin (2010) :-) / :-(

Mais que la France est triste -
Qui en plus rien ne croit -
Quand elle sort de la piste -
Dépecée comme une proie !

Nom d’une pipe !

Les hommes et les femmes -
Et les enfants aussi -
Espèrent d’autres fleurs
En échange des soucis -
Pour sécher tous leurs pleurs
Sur ce marché aux âmes
Qu’est devenue la France -
Emportée par leur transe.

Ils pensent – après leur cuite -
A un ultime but :
Un très bel uppercut
A un régime en fuite -
De bananes -
Ou bien d’ânes.

Schubert ou vuvuzela ?

24 juin 2010

- Nicolas Sarkozy convoque des « états généraux du football » pour octobre : un énième Grenelle pour des ballons de baudruche !
- Combien de manifestants dans les rues aujourd’hui, alors que Nicolas Sarkozy, dans sa retraite élyséenne, reçoit Thierry Henry dans ses petites pompes ? Cramponnons-nous !
- Très peu de supporters (une poignée amère tout au plus) à l’aéroport du Bourget pour accueillir les Bleus, hors piste, qui ont viré au vert après avoir fait mine de rougir. Sans blague ! Je rave !
- J’écoute Radio Classique : ça me détend. Vous vous en foutez ? Soit. Mais en ces temps troublés, je préfère, comme toujours, l’éternel Mendelssohn, Berlioz, Rossini ou Schubert à l’éphémère vuvuzela !

Bonne journée !

Madame regarde le foot.

Un citoyen ordinaire – très ordinaire – peut-il commenter l’actualité à sa manière sans risquer un procès ? Soyons prudents ! Si j’ai bien compris, il ne faut surtout pas citer de noms. Bon, je me lance.

C’est l’histoire d’une vieille dame très très riche qui regarde un match de foot à la télé. Elle est toute seule dans son immense salon, devant son écran grand comme sa piscine, entourée d’animaux assez peu domestiques : des vautours, des corbeaux, des pies et un coucou. Elle a un mainate aussi, je crois, et puis un perroquet. Tous aussi jaloux les uns que les autres de la place qui, croient-ils, leur revient normalement, sur les genoux de la dame ou bien, pour les plus malicieux, qui sait, sous les plis du manteau qui déborde de lingots.

Pourquoi cette pauvre riche regarde-t-elle un match de foot ? C’est parce qu’un des corbeaux a chuchoté à son oreille bouchée qu’il n’y avait rien d’autre à la télé. Elle tient dans sa main tremblante, comme son bâton de rouge à lèvres, la télécommande du gigantesque écran. Le corbeau, prudent, a retiré les piles. «Hein ? Comment ?»

Bref, la vieille dame très très riche regarde ce match qu’elle trouve inintéressant. Elle voit passer des ballons en attendant sa coupe.

Posée sur l’épaule de celle qui brille de tous ses diamants, le mainate, lui, attend son pot de vin, sa soupe. Il regarde le coucou suisse de son œil lascif.

«Oh, le vilain oiseau que voilà ! Va-t-en !», lui dit la vieille dame qui regarde le match. «Non, au fond, tu peux rester!»

Alors, le perroquet se met à caqueter : «quaraaaaaaante, quaraaaaaaante, quaraaaaaaante». Face aux autres volatiles, il entend se mettre en valeur et faire une bonne action. «Caqueter 40, en voilà une idée!» se disent les vautours qui attendent leur charogne comme les explorateurs une aurore boréale.

Un maître d’hôtel maquignon approche et tend un serviteur. Il apporte à la vieille dame toute entourée d’oiseaux une coupe de champagne. Et, tout au fond d’une grande urne, un cachet pour dormir.

La vieille dame très très riche regarde le match comme elle contemple sa coupe, et confond l’urne avec un vase. Elle y mettra des fleurs : des narcisses ? des bleuets ? Certainement pas des roses ! Moins encore des pivoines ! Elle perd un peu la boule. Comme ses talons de chèque !

On lui apporte la carte.

«Ce soir, je ferai maigre. Un bouillon suffira. Peut-être dégusterai-je aussi un peu de ce poisson nordique qu’on appelle lutefisk

Dans son bel hôtel très particulier, parce qu’elle est très très vieille, la dame se repose sur son beau matelas. Parce qu’elle le vaut bien ! En anglais, cela donnerait «because she’s woerth it !» Orthographe incertaine.

Les oiseaux, affolés par le bruit, sont tous partis à tire-d’aile en laissant tous leurs œufs et leurs fientes dans du papier journal. Seul, dans un coin, un pauvre coq anonyme, planté sur ses ergots atrophiés, regarde toute la scène sans pouvoir s’envoler. Il attend le matin pour pousser, enfin, un grand « cocorico ».

Publication à venir

J’ai supprimé de mon site la quasi-totalité de mes poèmes et nouvelles, qui seront publiés sous forme de livre dans quelques semaines.
Amicalement à tous ceux qui viennent ici.
Thierry

Maximes du jour et autres apophtegmes

18 mai 2010

- Si l’Euro se déprécie, c’est que l’Europe n’a jamais eu de valeur.
- Lula à Madrid, c’est comme Etienne au Groenland : un pingouin comme les autres.
- Il ne faut retenir du mot « Chine » que la porcelaine, l’encre, les brocantes et… la poudre !
- Déni de grossesse = aérophagie. Bébé dans le congélateur = rôt
- Quand je prendrai ma retraite, j’aurai l’âge de mes artères.
- Diplomatie à la française. Cherchez l’intrus : Ali Vakili Rad, Shapour Bakhtiar, Clotilde Reiss

Qu’est-ce que la poésie ?

Neruda

Extrait du discours du poète chilien Pablo Neruda à l’Académie Nobel (1971), suivi de son poème « El Poeta » .

Voilà enfin une réponse à ma question (en prose puis en vers), sans doute la plus belle qui soit pour moi parce qu’elle s’adresse à tous les poètes, à ceux qui se connaissent comme à ceux qui s’ignorent ; elle les émeut, les bouleverse et les réconforte. Avec l’amour et le sourire d’un pair !
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Yo no aprendí en los libros ninguna receta para la composición de un poema: y no dejaré impreso a mi vez ni siquiera un consejo, modo o estilo para que los nuevos poetas reciban de mí alguna gota de supuesta sabiduría. Si he narrado en este discurso ciertos sucesos del pasado, si he revivido un nunca olvidado relato en esta ocasión y en este sitio tan diferentes a lo acontecido, es porque en el curso de mi vida he encontrado siempre en alguna parte la aseveración necesaria, la fórmula que me aguardaba, no para endurecerse en mis palabras sino para explicarme a mí mismo.
En aquella larga jornada encontré las dosis necesarias a la formación del poema. Allí me fueron dadas las aportaciones de la tierra y del alma. Y pienso que la poesía es una acción pasajera o solemne en que entran por parejas medidas la soledad y la solidaridad, el sentimiento y la acción, la intimidad de uno mismo, la intimidad del hombre y la secreta revelación de la naturaleza. Y pienso con no menor fe que todo está sostenido – el hombre y su sombra, el hombre y su actitud, el hombre y su poesía – en una comunidad cada vez más extensa, en un ejercicio que integrará para siempre en nosotros la realidad y los sueños, porque de tal manera la poesía los une y los confunde. Y digo de igual modo que no sé, después de tantos años, si aquellas lecciones que recibí al cruzar un río vertiginoso, al bailar alrededor del cráneo de una vaca, al bañar mi piel en el agua purificadora de las más altas regiones, digo que no sé si aquello salía de mí mismo para comunicarse después con muchos otros seres, o era el mensaje que los demás hombres me enviaban como exigencia o emplazamiento. No sé si aquello lo viví o lo escribí, no sé si fueron verdad o poesía, transición o eternidad, los versos que experimenté en aquel momento, las experiencias que canté más tarde.

(I did not learn from books any recipe for writing a poem, and I, in my turn, will avoid giving any advice on mode or style which might give the new poets even a drop of supposed insight. When I am recounting in this speech something about past events, when reliving on this occasion a never-forgotten occurrence, in this place which is so different from what that was, it is because in the course of my life I have always found somewhere the necessary support, the formula which had been waiting for me not in order to be petrified in my words but in order to explain me to myself.

During this long journey I found the necessary components for the making of the poem. There I received contributions from the earth and from the soul. And I believe that poetry is an action, ephemeral or solemn, in which there enter as equal partners solitude and solidarity, emotion and action, the nearness to oneself, the nearness to mankind and to the secret manifestations of nature. And no less strongly I think that all this is sustained – man and his shadow, man and his conduct, man and his poetry – by an ever-wider sense of community, by an effort which will for ever bring together the reality and the dreams in us because it is precisely in this way that poetry unites and mingles them. And therefore I say that I do not know, after so many years, whether the lessons I learned when I crossed a daunting river, when I danced around the skull of an ox, when I bathed my body in the cleansing water from the topmost heights – I do not know whether these lessons welled forth from me in order to be imparted to many others or whether it was all a message which was sent to me by others as a demand or an accusation. I do not know whether I experienced this or created it, I do not know whether it was truth or poetry, something passing or permanent, the poems I experienced in this hour, the experiences which I later put into verse).
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El Poeta

Antes anduve por la vida, en medio 

de un amor doloroso: antes retuve 

una pequeña página de cuarzo

clavándome los ojos en la vida. 

Compré bondad, estuve en el mercado 

de la codicia, respiré las aguas 

más sordas de la envidia, la inhumana

hostilidad de máscaras y seres. 

Viví un mundo de ciénaga marina 

en que la flor de pronto, la azucena 

me devoraba en su temblor de espuma, 

y donde puse el pie resbaló mi alma 

hacia las dentaduras del abismo. 

Así nació mi poesía, apenas 

rescatada de ortigas, empuñada 

sobre la soledad como un castigo, 

o apartó en el jardín de la impudicia 

su más secreta flor hasta enterrarla.

Aislado así como el agua sombría 

que vive en sus profundos corredores,

corrí de mano en mano, al aislamiento 

de cada ser, al odio cuotidiano, 

Supe que así vivían, escondiendo 

la mitad de los seres, como peces 

del más extraño mar, y en las fangosas

inmensidades encontré la muerte. 

La muerte abriendo puertas y caminos. 

La muerte deslizándose en los muros.

The Owl

Like an Owl
Perching on a dark limb
Up on the Oak –
I am looking down
And I frown upon –
You, careless ragtag rodent.

I’ll make an egg-shaped bundle –
Of your bones and your skin –
When I’ve swooped down on you –
Hidden you below the fan of my wings –
Held you tight beneath my Sole.

You’ll try to breathe and break free –
First.
Then you’ll give yourself up –
For I am God –
Not just an Egyptian!

Spécial élections régionales : look at the USA!

La grande France est rose ; la petite France reste bleue. On glose ici et là sur le résultat de ces élections : le taux d’abstention, le désamour vis-à-vis de Sarkozy, le succès des présidents de régions en exercice, la victoire de Martine Aubry, de Ségolène Royal, de Georges Frêche le paria, etc. Et cætera ! Pour moi, il y a bien plus important ailleurs : ce jour, la Chambre des Représentants des Etats-Unis a adopté une réforme – une vraie – sur l’assurance maladie ; une réforme véritablement historique portée par le Président en personne, dont le discours éclairé et fédérateur, dans des mots bien choisis, a eu raison d’une opposition idiote, arc-boutée, qui ne comprend toujours rien aux vraies valeurs de l’Amérique ! Les mots du Président Obama tout autant que sa détermination sont entrés dans l’Histoire !

Sarkozy n’est pas Obama, loin s’en faut. Il en souffre tant et plus, le pauvre ! Sa politique et son discours sont petits, mesquins, inadéquats, éloignés d’un peuple dont il se déclarait proche : comme ses tics de l’épaule et ses rictus, tout chez lui traduit une agitation désordonnée, dans une langue impropre et une totale inculture qu’il croyait pourtant être celles des Français ! Si cette démagogie-là a pu séduire de nombreux désespérés ou des nostalgiques d’une grandeur révolue, elle a sombré aujourd’hui, comme les réformes monomaniaques, dans un abîme dont la profondeur est à la mesure de faux espoirs naguère suscités.

Sarkozy, décidément, n’est pas Obama. Rien n’y fait et rien n’y fera jamais : le président américain est un vrai président, porté par une vraie vision, un projet sincère et une force immense. Le nôtre n’est qu’un pantin désarticulé (un guignol, pour mieux dire) qui a fait illusion ; qui a cru, dans sa vaniteuse sottise, qu’avec Obama il referait le monde ! Quelle arrogance ! Les Français qui ne se sont pas abstenus ont dit son fait à ce faux prince et à sa triste cour !

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