Là-bas et là-haut

LÀ-BAS

Le bleu limpide et frais
Vient goûter au rocher
Quand dans sa grotte caché
Le fils du temps s’abreuve
De miel, de lait de chèvre
Quand pour puiser de l’eau
Irriguer les sillons
Les moulins tournent
Comme des têtes ivres.

Là-bas la terre est haute
Pour mieux toiser le monde
Fertile et grosse toujours
Pour mieux donner le jour
Offrir la vie, le silence des couleurs
La saveur de ses sources
Et de son grand jardin.

Du rivage jusqu’aux cimes
Tout se pare de lumière
Exhale des parfums
Chante, vibre, s’amuse
Se confond dans un ballet de sens
Jusqu’au vertige étrange
Au soupir tranquille
À la larme du sourire.

Cette terre longue et fière
Hérissée d’oliviers
Tenue par ses chemins
Ses cailloux et sa vigne
Descend loin dans l’histoire
De l’homme et de ses mythes
De ses murs blancs et secs
De tous ses monastères
De ses ports, ses filets
Et ses amarres larguées.

LÀ-HAUT

Un certain ciel du soir
Tracé par l’altitude
Un tableau sur fond noir
Des nuances d’habitude

Sans verbe à l’horizon
Dans le souffle du vent
Et ses conjugaisons
Aujourd’hui comme avant

De l’air par folles rasades
Un pinceau des palettes
Des nuages en tornades
Et couleurs en bandelettes

Un certain ciel ce soir
Sans aller ni retour
Et deux coudes au comptoir
Au sommet d’une tour

SANS

Sur les marches lisses du théâtre
Dans l’odeur âcre de l’urine
Dans le vacarme des voix passantes
Un homme dort –
À deux pas du lycée.

Il est là presque inerte
Invisible et rêveur
Réfugié dans ses songes
Derrière ses paupières closes –
Sous son duvet de honte.

Dans ce monde sans personne
Cette vie ignorée
Passe presque inaperçue
La nuit le matin l’après-midi en suite
Le soir en fin la nuit encore –
Silencieuse indolore.

Passe alors un poète
Qui se pose et regarde
Écoute le silence des jeunes âmes rieuses
Puis verse un soupir triste et long –
Comme une goutte d’encre.

Présents

J’ai offert des champs aux oiseaux
Des épis à ma tête
Des larmes aux rivières
Et du coton au ciel
Pour bien panser ses bleus.

J’ai donné au tableau de grands maux à la craie
Des bons poings colorés
Quelques folles idées
Et une éponge aussi
Pour laver ses affronts.

J’ai versé sur ma table des monceaux de papier
Des longues plumes légères
Du sang dans l’encrier
Et puis
Une livre de pages
Qui ne servaient à rien.

Déclaration du Président Obama après les attentats à Paris (13 novembre 2015)

Déclaration du Président des Etats-Unis.
Good evening, everybody. I just want to make a few brief comments about the attacks across Paris tonight. Once again, we’ve seen an outrageous attempt to terrorize innocent civilians. This is an attack not just on Paris, it’s an attack not just on the people of France, but this is an attack on all of humanity and the universal values that we share.
We stand prepared and ready to provide whatever assistance that the government and the people of France need to respond. France is our oldest ally. The French people have stood shoulder to shoulder with the United States time and again. And we want to be very clear that we stand together with them in the fight against terrorism and extremism.
Paris itself represents the timeless values of human progress. Those who think that they can terrorize the people of France or the values that they stand for are wrong. The American people draw strength from the French people’s commitment to life, liberty, the pursuit of happiness. We are reminded in this time of tragedy that the bonds of liberté and égalité and fraternité are not only values that the French people care so deeply about, but they are values that we share. And those values are going to endure far beyond any act of terrorism or the hateful vision of those who perpetrated the crimes this evening.
We’re going to do whatever it takes to work with the French people and with nations around the world to bring these terrorists to justice, and to go after any terrorist networks that go after our people.
We don’t yet know all the details of what has happened. We have been in contact with French officials to communicate our deepest condolences to the families of those who have been killed, to offer our prayers and thoughts to those who have been wounded. We have offered our full support to them. The situation is still unfolding. I’ve chosen not to call President Hollande at this time, because my expectation is that he’s very busy at the moment. I actually, by coincidence, was talking to him earlier today in preparation for the G20 meeting. But I am confident that I’ll be in direct communications with him in the next few days, and we’ll be coordinating in any ways that they think are helpful in the investigation of what’s happened.
This is a heartbreaking situation. And obviously those of us here in the United States know what it’s like. We’ve gone through these kinds of episodes ourselves. And whenever these kinds of attacks happened, we’ve always been able to count on the French people to stand with us. They have been an extraordinary counterterrorism partner, and we intend to be there with them in that same fashion.
I’m sure that in the days ahead we’ll learn more about exactly what happened, and my teams will make sure that we are in communication with the press to provide you accurate information. I don’t want to speculate at this point in terms of who was responsible for this. It appears that there may still be live activity and dangers that are taking place as we speak. And so until we know from French officials that the situation is under control, and we have for more information about it, I don’t want to speculate.
Thank you very much.

J’étais petit

Je n’avais que trois ans
Un bambin innocent
Allongé sur la plage
Parvenu comme l’écume
Au but d’une vie trop courte.

Mon visage enfoncé dans le sable
Ne rira plus jamais des châteaux infantiles.
Mes poumons pleins de larmes
Font jaillir tout le monde.
Que m’importe ces pleurs puisque je voulais rire !

J’étais petit, voulais devenir grand,
Fuir la misère, la haine et braver le danger
Avant que d’arriver sur une terre heureuse et fertile,
Y poser mes jeunes et belles racines.

Ma jeune vie était un navire en détresse
Une chaloupe percée portée par le chant des sirènes.
Comme lui elle chavira faute de mains tendues.

Je suis là-haut maintenant
Avec les anges
Moi qui n’ai pas pu vivre
Au coeur des hommes.

Dernier ouvrage : ensembles

Ensembles

« Toujours à fleur de coeur, à fleur de peau, à fleur d’âme, Thierry Kakouridis cisèle des textes précieux. En rimes ou en prose, en noir ou en rose, sa plume ne laisse jamais indifférent. Il nous fait toucher du doigt l’universel et l’infini qui résident dans l’apparemment plus banal moment du quotidien, que son écriture magnifie. Et quand il se prend à glorifier l’amour, la vie, la beauté, que dire de plus que lui, sinon merci.
Puissiez-vous trouver dans Ensembles des pistes inexplorées, des itinéraires lumineux et y puiser des motifs supplémentaires d’être en harmonie avec vous-même et avec les autres, ensemble. »

Christine D’Orsi

Une forêt

Je pense à cette folle rendue furieuse par un monde qui n’était pas le sien.

UNE FORÊT

Elle est là toute seule
Assise au centre d’un cercle autour d’elle tracé
Au beau milieu d’une forêt
Sous un ciel orangé strié de rais bleutés
Comme des éclairs.
Assise là, elle regarde les arbres
De ses yeux soulevés dans sa tête baissée.
Sur ses lèvres tremblantes s’imprime le sourire gémissant de la peur de l’étrange, D’un cauchemar peut-être.
Elle observe alors ses pieds plongés dans une vase noire moite et laineuse.
Tout autour, des arbres au feuillage sombre, roux, brun ou blond comme des blés lointains
S’agitent dans un mouvement sans vent, sans air frais.
Certains tiennent au bout de leurs branches
Des livres ou d’autres feuilles plus brillantes
Ou des boîtes à musique qui chuchotent aux troncs percés qui les tiennent ou –
Aux rameaux de Noël décorés d’anneaux dorés ou de boules argentées.

Soudain le sol crisse sous ses pieds enfoncés.
Alors elle se lève et se met à hurler,
À bondir, à tourner, à marteler le sol mouvant de ses pieds soulevés
Arrachés à cette vase noire et brûlante qui retenait contre leur gré
Ces racines digitales dans le cercle d’une clairière trop orange et trop bleue.

Elle crie au sommet de ses arpèges pour faire taire le grincement de la terre et les boîtes à musique –
Pour immobiliser les arbres d’où les chouettes interdites la contemplent de leurs gros yeux ouverts comme des bouches affamées.

Le sol a cessé de geindre.
Une cascade se fend en deux vantaux translucides
Et ouvre la voie vers un autre univers
Où d’autres arbres sont plantés
Devant des bancs cassés
Sous un rayon froid et grisâtre.

Une femme attrape la diablesse affolée par la branche
Lui ordonne de cesser de crier, de sauter, de bondir et de virevolter.
Elle tire cette folle qu’elle garde et accompagne
Vers le quai du métro.

Et la forêt repart en cris et grincements
Sous son ciel oranger strié de rais bleutés.

I knead dough

At an unwonted second-hand sale
I bought a kneading trough
Which made everyone laugh
´Cos I couldn’t take it in their gale.

I had it delivered
By one from Baker Street
To my room encumbered
By all my artless cheat.

As I lay lying to a tub made for flour
And drops of salted water
Amongst thoughts needed
I took the bath of the well-bread.

The trough so much needed
Was carved in the plain would
Trampled with strength and heed
By feet of fortitude.

My ravings are bottom thoughts
To be heaved, lifted
And massaged by good hands
And yeasty feet
With a pinch of salt –
A grin or a smile, maybe –
Then laid in the oven of wood
For a better crust –
Then ashes.

©Thierry Kakouridis-Torres

Une vie réussie

« Une vie réussie est une vie que l’on a menée conformément à ses souhaits, en agissant toujours en accord avec ses valeurs, en donnant le meilleur de soi-même dans ce que l’on fait, en restant en harmonie avec qui l’on est, et, si possible, une vie qui nous a donné l’occasion de nous dépasser, de nous consacrer à autre chose qu’à nous-mêmes et d’apporter quelque chose à l’humanité, même très humblement, même si c’est infime. Une petite plume d’oiseau confiée au vent. Un sourire pour les autres. »

Laurent Gounelle, « L’homme qui voulait être heureux ».

Je remercie Medina, une de mes élèves, de m’avoir prêté ce bon livre.

No man is an island, Entire of itself

No man is an island,
Entire of itself,
Every man is a piece of the continent,
A part of the main.
If a clod be washed away by the sea,
Europe is the less.
As well as if a promontory were.
As well as if a manor of thy friend’s
Or of thine own were:
Any man’s death diminishes me,
Because I am involved in mankind,
And therefore never send to know for whom the bell tolls;
It tolls for thee.

John Donne (1572-1631)

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