Protégé : The sole catcher
Haïti
La terre a trop tremblé, fait des milliers de morts –
Et chez le Prince, hélas, il n’y a plus de port.
Une minute déchaînée a confirmé le sort
D’une île décharnée, déjà vide, sans trésor.
Le Monde verse ses larmes sur ces rivages détruits –
Sur ces corps affamés que l’on n’a pas instruits.
Une terre très méchante a tremblé ce mois-ci.
Elle n’a rien épargné – ni le sol ni les vies –
Elle a tout emporté sur le sol d’Haïti.
Sans y avoir été, je sais ce qu’on y vit.
Et ce bout d’île maudit, sans repères, sans système,
Veut – les mains jointes et les genoux broyés – qu’on l’aime –
Que l’on comprenne enfin – si tant est qu’on le puisse –
Que ses cœurs sont meurtris comme le sont ses cuisses.
Enfoui sous le béton, un Etre respire encore –
Ecrasé par la masse et l’esprit d’un corps mort.
Il prie avec l’espoir, son âme, son nez, sa bouche -
Que sur Lui-même, enfin, quelque secours débouche.
Il attend, impatient, que l’Humain se révèle –
Qu’il lui dise et lui montre qu’il a toute sa cervelle -
Et que la race humaine sur son globe éternel
Doit reconstruire enfin ce qui n’est plus charnel.
Ce que Shakespeare nous dit
« In sooth, I know not why I am so sad :
It wearies me ; you say it’ wearies you ;
But how I caught it, found it, or came by it,
What stuff ’tis made of, whereof it is born,
I am to learn ;
And such a want-wit sadness makes of me,
That I have much ado to know my self. »
Willliam Shakespeare, The Merchant of Venice.
Savez-vous ce qu’est la mélancolie ? Pourquoi certains en souffrent ? Le diagnostic est-il aujourd’hui meilleur et plus juste qu’à la Renaissance ?
Un souhait pour 2010
La Lune, ce soir-là, interrompit le ciel.
Je contemplais et admirais
Cet Astre qui déchirait
D’une seule lame les nuages.
La nuit était bleue – glaciale.
J’étais blême, comme Elle -
Son sourire illuminait ma face.
La Lune me dit qu’il faut lever les yeux -
Regarder vers le haut -
Prendre le temps de noyer son âme dans la mer des étoiles.
Ici bas, de jeunes idiots fêtèrent comme ils purent -
Avec leurs coupes pleines et leurs bruyants pétards -
L’ombre de la vieillesse approchant avec l’âge -
Sans savoir – ou penser – qu’ils couraient au naufrage.
Le Temps, Lui, chemine pas à pas -
Comme la Lune qui nous regarde de haut.
Il a – Il est – toute l’Eternité
Que nous autres, pauvres hères, comptons
En heures, en jours et en années.
A tous je souhaite de prendre le temps -
De contempler la Lune.
Un Noël
J’ai dressé mon sapin dans la pièce –
Vert, rouge et doré.
A son pied, une crèche –
Le tout illuminé.
C’est Noël, temps d’Amour et de Paix.
Autour de mon sapin s’éclate une famille
De n’avoir rien compris, mais ce n’est que broutille.
Leurs âmes déformées par leurs cœurs égoïstes
Exigent sans le savoir que plus personne n’existe.
C’est un beau temps de fête
Mais il pleut sur ma tête.
Au pied de mon sapin, j’ai été insulté –
Par le sang : l’Esprit était absent –
L’Amour n’y était point.
Cette année, il n’y aura rien dans les souliers –
Sinon tout ce qui suit.
J’ai du pain sur ma table –
Quelques dattes, des amandes et des noix –
Du raisin, des oranges et des figues.
Je pleure sur cette mie et sur ces quelques fruits.
Mon Noël est pour Tous –
D’abord pour ceux qui, sans crèche et sans sapin,
Voient le jour qui se lève comme une nuit sans fin –
Sans étoile, sans promesse et moins encore de mages –
Qui n’ont dans leurs yeux vides que de belles images.
Une nuit, une petite fille bien pauvre
Gratta une à une toutes ses allumettes.
Dans une flamme pareille à la mienne
Elle vit une oie rôtie, un cadeau, un sapin.
La neige des joyeuses boules et d’un bonhomme à pipe
Enveloppa – alors qu’elle dormait – son corps noué de fripes.
Et moi, pauvre idiot, qui rêvais d’un Noël enneigé et tout blanc –
Je n’ai ce soir que pluie !
Et le foie est trop gras, le chocolat amer –
Les huîtres sont trop glaireuses, le boudin trop truffé –
Le saumon – trop fumé :
Remontera-t-il un jour jusqu’à la source
Ou ira-t-il de mon ventre à mes lèvres ?
Tiens, mon sapin a perdu une boule !
Au milieu de sa belle parure, une foule
Vient à s’interroger – à s’inquiéter –
Et peut-être à pleurer.
Surgit enfin, de toute l’obscurité
La flamme d’une bougie –
Toute seule dans le noir.
Elle vacille, elle tremble –
Mais elle brille et réchauffe.
C’est l’espoir indicible d’une solitude brisée –
Comme une pâte pétrie, aussi chaude que sucrée.
La voyant qui approche, assis près du sapin –
Installé dans ma crèche –
Je souris et je rêve
Que la flamme est portée en un sublime cortège –
Par ceux d’un cœur bien fait
Dont le rai vespéral devient ce soir Lumière.
Au pied de mon sapin – cette année –
Je couperai mon pain et lècherai des noix –
Peut-être quelques figues.
Et je serai heureux dans ma forêt glacée –
A la lueur d’une bougie sacrée
Qui ne s’éteindra pas.
Mon Dieu, je t’oubliais !
Toi mon Etoile qui brille tout le temps –
Qui décoras le sapin avec moi –
Et fis ton lit dans ma crèche.
Sois avec moi ! Nous serons seuls ensemble.
Et toi, l’Inconnu, si à notre porte tu viens –
Pour voir ce qu’elle cache –
Sois le bienvenu si tu frappes !
Tu seras avec nous –
Au pied d’un beau sapin.
Copenhague : le chant des sirènes
J’avais (pré)dit à mes élèves, dans ma classe, que Copenhague serait un échec. C’en est un, hélas, sans l’ombre d’un doute. Les chefs d’états réunis aujourd’hui s’apprêtent à signer un simple document, une déclaration d’intention en quelque sorte, pour éviter que ce sommet ne soit un fiasco ou, plus précisément, qu’il n’apparaisse comme tel au yeux de l’opinion publique mondiale. Personne ne s’engage ; rien n’est obligatoire : chacun pourra continuer à pourrir le monde à son seul profit après avoir ajusté sur son tout petit nez ses toutes petites lunettes. 2050, c’est loin. 2100, plus loin encore… Après nous le déluge !
On se contente de se saluer, d’être d’accord sur le fait de ne rien faire, en attendant une nouvelle conférence qui, c’est certain, résoudra cette fois tous les problèmes. Tous ! Mais la température monte, monte, monte, comme le niveau des mers… et de la connerie de ceux qui nous dirigent.
Si Noé veut de moi, je le suivrai pour une nouvelle aventure ! A moins que les peuples ne se révoltent avant et envoient leurs gouvernants à l’eau.
A que j’an é marre de Johnny !
Ca n’arrête plus depuis des jours : Johnny Halliday est hospitalisé, comme chacun sait, à Los Angeles. On nous abreuve, on nous gave, on nous dégoûte de son état de santé, heure après heure, jour après jour. Je n’en peux plus ! Arrivé dans cette ville exotique en fauteuil roulant, quelques heures après une opération dans un hôpital très très chic de Paris, le rocker préféré des Français (enfin… de presque tous) se remet enfin de deux comas artificiels, entourés de sa meute familiale, amicale et journalistique. Tous les auditeurs, lecteurs et téléspectateurs français (pas les autres, heureusement pour eux !) ont droit à des bulletins de santé réguliers, qu’ils le veuillent ou non : l’idole est alitée ; il se réveille ; il souffre ; il est heureux d’être si bien entouré, plus auréolé encore que ses aisselles sur scène (ou sur Seine, comme vous voudrez) !
On nous informe que les concerts « Johnny 66 » (route 66, âge 66 : c’est futé, hein ?) ont tous été annulés. Tu parles : le pauvre vieux n’a pas le droit de prendre l’avion pour rentrer en France. Personnellement, ne faisant pas partie des quelque 160 000 fans qui, les larmes aux yeux, se feront rembourser des billets à 100 euros min., je me fous éperdument de la nouvelle, comme je me fous de l’artiste ! Quant aux inquiétudes de ses compagnies d’assurance… Je voudrais tout simplement qu’on ne m’impose pas ses bulletins de santé ni les commentaires mièvres de ses amis éplorés. Ras-le-bol, donc, des nouvelles de Johnny à la une de tous les journaux, de toutes les radios et de toutes les télés de France. La France, ce pays où, soit dit en passant, la star fait tout son fric sans y payer l’impôt.
Du Johnny, nous en bouffons tellement que j’aimerais qu’il devienne enfin, une fois pour toutes, l’idole des jeûnes !
Des minarets…
Une querelle de clocher ? Le vote suisse a aussitôt déclenché une salve de critiques et d’émois. Moi, j’observe et je m’interroge sur ce vote ; sur ce qu’il signifie et ce qu’il dit. Je ne suis pas certain que les Suisses soient racistes ou contre l’Islam. Je me demande donc ce qu’est un minaret et à quoi il peut bien servir. Est-ce un simple ornement architectural ? Une tour qui offre une vue imprenable sur un monde conquis ? Le symbole du refus des valeurs auxquelles je crois ? Une autre burqa ? Je suis incapable de me prononcer pour le moment mais je suis vigilant. La laïcité, pour moi, est une valeur républicaine irréfragable.
Posté ce 7 décembre 2009 sur un forum de Libération :
Tout d’abord, il eût été (intellectuellement) honnête que les politiques français prennent le temps de la réflexion avant de faire à chaud des déclarations intempestives, immédiates et donc irréfléchies. Moi, je me contente d’observer et ne me prononcerai donc pas encore pour ou contre les minarets.
Quelques éléments de réflexion cependant. La Suisse est un petit pays sans façade maritime, sans (douloureuse) histoire coloniale, entourée de pays membres de l’UE qu’elle ne veut pas rejoindre. Les banques y sont peut-être pour quelque chose, comme la douceur de vivre en montagne. La Suisse est neutre – ou se déclare comme telle. Elle est ceinte de toute part et sa neutralité, mieux que les montagnes, lui a longtemps servi de forteresse. Les minarets n’ont peut-être rien de neutre, eux, un peu comme ces Français frontaliers qui iraient manger le pain des Suisses. Ou ceux qui, riches à souhait, payent leurs impôts en terrain neutre - et auraient ainsi mauvaise grâce à s’immiscer dans un débat sur l’identité nationale ! Quel rapport avec les minarets ? Je m’interroge, c’est tout. Quel rapport avec la Suisse ? Là, je m’interroge moins !
Pour comprendre les choix d’un peuple, il faut connaître ce peuple, son histoire et sa culture. Je ne sais pas grand-chose des Suisses car je trouve la neutralité assez fade et ne m’y intéresse donc peu. Cependant, se pose en la circonstance la question de l’identité de l’Europe (pas de la Suisse, dont l’identité me paraît aussi neutre que la blanche couleur de ses sommets).
On dit, sans doute avec raison, que de par son histoire ancienne, notre bout de continent est chrétien, avec toutes les valeurs que le christianisme emporte, des valeurs avant tout républicaines, eh oui, que nous pourrions sottement croire détachées de toute forme de spiritualité. L’égalité, la fraternité, la liberté, la tolérance, le pardon (l’oubli) et même la laïcité trouvent leur fondement dans les valeurs chrétiennes, n’en déplaise aux athées militants relativistes (une confession, soit dit en passant, semblable à toutes les autres).
D’un point de vue historique et architectural (donc symbolique), les clochers des églises font partie d’un paysage et d’une culture vieux de plusieurs siècles. Les minarets, comme les clochers, ont également une valeur symbolique, et c’est bien à celle-ci qu’il faut s’intéresser sans passion mais avec honnêteté. Je ne souscris aucunement aux thèse de Samuel P. Huntington (The Clash of Civilizations), et j’aimerais beaucoup ne pas devoir y souscrire un jour, d’où la nécessité impérieuse, je le répète, d’une observation et d’une réflexion sereines. J’ose croire que les minarets ne sont pas conçus aujourd’hui par certains prosélytes (du grec prosêlutos, « nouveau venu dans un pays ») comme un avatar inamovible et altier de la burqa, au port de laquelle je suis carrément opposé parce que ce vêtement porte et affiche des « valeurs » incompatibles avec les miennes et qu’il est une provocation manifeste et insupportable.
Il y a quelques mois, j’écrivais un poème sur Grenade. Grenade et toute l’Andalousie, où se mêlèrent un jour et pendant des siècles, harmonieusement, le Chrétien, le Musulman et le Juif. L’histoire nous apprend bien des choses, n’est-ce pas ? J’ai aussi écrit sur Marseille, celle d’aujourd’hui, où des petits ne se lèvent plus dans le bus, hélas, pour céder leur place à une vieille dame au chignon argenté ; où roulent partout des fantômes sans repères, dans une indifférence feinte qui risque de ne plus pouvoir taire très longtemps des colères angoissées et craintives jusqu’ici contenues. Je parle des rues sales, des graffiti, de la haine et du mépris, de l’incivisme et de l’orgueil. Je parle aussi d’âmes désemparées qui, par dépit, voteront un jour massivement pour l’innommable. Dieu nous garde de toutes ces atrocités !
Coups de cœur d’un week-end à partager
Vendredi 27 novembre. Remise des diplômes à la promo 2009 de l’Ecole Centrale Marseille. Cérémonie un peu convenue, certes, et un tantinet ennuyeuse. Mais j’y suis allé pour revoir et féliciter quelques-uns de mes nouveaux anciens élèves. Ca m’a fait du bien de revoir ces jeunes avec qui j’ai passé d’excellents moments. Dehors, en bas de la Canebière, la traditionnelle foire aux santons à laquelle je me suis rendu pour éviter les interminables discours, en attendant la remise des diplômes proprement dite. Enfin, les lauréats, appelés l’un après l’autre, se sont rangés sur l’estrade, comme dans une crèche vivante.
Vendredi toujours, le soir, au Toursky : Les Bons Becs, cinq gugusses musiciens pleins d’humour et bourrés de talent. Un grand voyage musical autour du monde. Jubilatoire !
Samedi 28 novembre. Au cinéma « Les Variétés », le dernier film de Michael Moore, Capitalism: A Love Story. Génial ! Où l’on comprend (si on ne le savait pas encore) que le capitalisme sauvage et débridé (l’ultralibéralisme) est tout le contraire de l’Amérique, de ses valeurs et du modèle de démocratie que furent les USA depuis leur naissance en 1776. Michael Moore n’hésite d’ailleurs pas à se référer à la Constitution (1787) et agrémente son générique de fin de quelques citations fort opportunes de quelques pères fondateurs (Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, George Washington, etc.). A voir ab-so-lu-ment ! Je ne manquerai pas d’en parler à mes élèves.
Dimanche 29. J’écoute enfin, après être rentré d’une brocante où j’ai fait quelques affaires, un disque acheté vendredi : Ibérica. Anne Gastinel au violoncelle et Pablo Márquez à la guitare nous invitent à découvrir ou redécouvrir de grands compositeurs espagnols comme Manuel de Falla ou Enrique Granados. 28 morceaux savoureux, apaisants et revigorants à la fois. Bref, une merveille ! Tout en écoutant ce divin CD, je lis Qu’est-ce qu’être français ?, un recueil de témoignages proposé par l’Institut Montaigne. Très bel ouvrage où dix-neuf personnalités d’origines culturelles diverses livrent leur idée de la francité. Il ne faut pas que j’oublie d’en parler à mes élèves.
Bon baisers de Marseille où la nuit tombe sur un bonhomme heureux.
