Sage politique

J’ai offert mille fois à mon cœur la raison
Et tant de fois goûté à des fruits de saison.
J’ai donné pour mieux prendre, me servir à l’instant
Et prié le vieux temps pour qu’il se fît présent.

J’ai bien donné cent fois et mon âme et mon corps
À qui voulait entendre rarement mais encore
Tous les creux en relief d’une vie désireuse
De l’attente accomplie d’une folie curieuse.

À gagner de ses pertes on devient un vieux sage
Assis au feuillage sombre de tous ses beaux lauriers,
Qui contemple sa racine en maudissant l’ombrage.

Quand un ciel protégé se glisse dans l’horizon
Et transporte en sa voûte de l’Amour le courrier,
On se plaît à attendre en sa douce maison.

L’homme qui plantait des arbres

Hommage à Jean Giono

Un berger solitaire en désert de Provence
Garde quelques moutons
Et creuse un puits profond
Pour avoir de l’eau fraîche qui fait toute sa jouvence.

C’est un homme silencieux en une terre imagée
Taciturne, aimable et endurci
Qui travaille là, habite ici
Dans une bergerie très propre et bien rangée.

Épuisé par la marche et les pierres
Sous le soleil brûlant
Dans ce vaste paysage
Je rencontre le sage.

Du paysage aride au pied de nos montagnes
De sa rude patience
Dans l’absolu silence
Il crée une forêt de chênes, très loin des sagnes.

Il m’invite à entrer
À partager sa soupe.
Son chien quiet se repose
Nous mangeons en silence.

Après le mets frugal de ce grand coeur fébrile
Je propose mon tabac, mais il ne fume pas.
Je chemine jusqu’à son grand désert – dans ses pas –
Où viendra la vie accrochée à ce calcaire fertile.

Je suis parti ensuite
Creuser de mortelles tranchées
Quand il faisait des trous
Pour y semer des glands.

Une guerre après
Dans sa paix infinie
Poussaient encore tous ses arbres protégés
De la scie et de la hâche des charbonniers.

Le vieil homme achevé
S’éteignit un beau jour en silence
Au pied de ces collines
Qu’il avait reboisées.

Dans le petit cimetière d’un village écarté
Se trouve une sépulture à l’ombre d’un grand chêne.
« Ci-git, dans la terre et les racines, Elzéard Bouffier –
Pasteur silencieux et semeur de forêts. »

Paterson Line 23

He drives a bus
Drops off the passengers
Here and there along
His line.
Always in the small town
Where water falls
On dogs unleashed
And sober pints
And color-blind curtains, cakes
Stringed notes of music
And chessboards
And fellows in and out.
The notebook was full and clean,
The pen a blue-tipped match.
The words went up in flames
In the shredding mouth of a lonely pet.
He drives a bus in a small town
Where another poet once lived
And wrote
Among many a pair of twins
Sitting on a bench by the waterfalls
Or on a bus
Or near an old factory.

Présents

J’ai offert des champs aux oiseaux
Des épis à ma tête
Des larmes aux rivières
Et du coton au ciel
Pour bien panser ses bleus.

J’ai donné au tableau de grands maux à la craie
Des bons poings colorés
Quelques folles idées
Et une éponge aussi
Pour laver ses affronts.

J’ai versé sur ma table des monceaux de papier
De longues plumes légères
Du sang dans l’encrier
Et puis
Une livre de pages
Qui ne servaient à rien.

Where the waters come from

It’s the rain
Says the Cloud
That makes you weep, whine and whimper
Shudder, shiver and shake,
Dear Madame, dear Sir.

No, it’s the cloud’s fault
Says the Rain
Sobbing in storming anger over the soaked umbrellas,
The sneezing snotty handkerchiefs
Of astounded passers-by squeezed together under a small patch of nylon dark sky –
Who wade
And curse and talk about the weather
And wish all hands clasped around the frail common prop
For a cup of coffee –
Dripping like tears along the countless rims
Down to the ground –
A place that normally suits both the cloud and the water
Anyways.

How stupid, then, to argue about whose fault it is
If humans wet their pants or the bottoms thereof
And end up all together
Around their central heels
In a mudflat –
Or a mere puddle!

To the Night the Moon Said

To the Night
The Moon said Halo.
She was there, above
Me.

I was here
And there.
I was watching.

The clock cruel said
It was three and
Four was approaching.

The Moon
Still there
Tells me that Time has come
For conjugation.

Don’t be so tense
She says
I am Here
I am Now
I am Then.

MA GRECE – Η ΕΛΛΑΔΑ ΜΟΥ

Sur une longue route, sèche et sinueuse, avancent –
À pas lents –
Fatigués –
Un vieil âne et son maître
Lestés tous deux du fardeau herbeux d’une très longue journée.

Σε ένα μακρύ δρόμο, ξηρό και γεμάτο στροφές, προχωρούν,
Με αργά βήματα –
Κουρασμένοι –
Ένα γέρος γάιδαρος και το αφεντικό του
Φορτωμένοι και οι δύο με φορτία από χόρτα μετά από μία επιπονη μέρα.

L’homme et sa bête progressent les yeux mi-clos.
Leur marche lourde, alanguie mais certaine –
Mieux rythmée qu’un poème
Sous les rayons obliques
Et le sourire mielleux du soleil moqueur –
Promet le but atteint, le repos et le foin,
Une caresse, un merci
Et puis une bière bien fraîche
Enfin !

Ο άνθρωπος και το ζώο του προχωρούν με μισόκλειστα τα μάτια.
Το βήμα τους αργό, νωχελικό αλλά σίγουρο –
Καλύτερα ρυθμισμένο κι από ένα ποίημα
Κάτω από τις λοξές ακτίνες
Και το γλυκλο και χλευαστικό χαμόγελο του ήλιου –
Υπόσχεται οταν φτασουν ξεκούραση και σανό,
Ένα χάδι, ένα ευχαριστώ
Και στη συνέχεια μια κρύα μπύρα
Επιτέλους !

La route trop bien connue n’en finit pourtant pas
Au rythme bien frappé du sabot régulier
Du mot gentil en grec sans cesse prononcé
Qui serpente au bord des oliviers
Au détour des figuiers barbares
Du thym, des herbes folles
Pour arriver à l’heure dite –
Au terme du chemin.

Ο δρόμος πάρα πολύ γνωστός, ακόμη δεν λέει να τελειώσει
στο σωστό και τακτικό ρυθμό της γαλότσας
Της λέξης καλός στα ελληνικά συνέχεια επαναλαμβανόμενης
Που διασχύζει δίπλα απο τις ελιές
Γύρω από τα φραγκόσυκα
Το θυμάρι και τα άγρια χόρτα
Για να φτάσουν στην ώρα τους –
Στο τέλος της διαδρομής.

Le chemin se trace encore dans les pas empruntés
Par les mules aveugles
Leurs muletiers courageux
Sous les monts ombrageux
Et l’éclair flamboyant
Des dieux trop sourcilleux.

Ο δρόμος σχηματίζεται πάλι μεσα στα ίδια βήματα
Από τα τυφλά μουλάρια
Τους θαρραλέους μουλαράδες
Κάτω από τα σκιερά βουνά
Και τις εκτυφλωτικές αστραπές
Των υπεροπτικών Θεών.

Sur une chaise de paille bleue en terrasse ombragée
Je vois arriver enfin ces deux êtres épuisés.
Ils passent devant moi, les yeux cicatrisés
Par leurs larmes séchées.

L’homme freine sa monture arrêtée.

Σε μια αχυρένια γαλάζια καρέκλα, στη σκιά της ταράτσας
Βλέπω να φτάνουν επιτέλους αυτά τα δύο εξαντλημένα όντα.
Περνάνε μπροστά μου, με τα μάτια τσιμπλιασμένα
Από τα αποξηραμένα τους δάκρυα.

Ο άνθρωπος σταματάει το υποζυγίό του.

Au cri du mari qui prévient qu’ils sont là
(Lui, l’âne et le chargement)
L’épouse inquiète sort aussitôt
Heureuse et tout de noir vêtue
De l’ombre assoupie de la maison
Demeurée solitaire depuis l’aube.

Στη κραυγή του συζύγου που πληροφορεί οτι έφτασαν
(Αυτός, ο γάιδαρος και το φορτίο)
Η σύζυγος ανήσυχη βγαίνει αμέσως
Χαρούμενη και ντυμένη στα μαύρα
Στη κοιμισμένη σκιά του σπιτιού
Παρέμεινε μόνη από το ξημέρωμα.

La femme hospitalière et sans méfiance aucune
M’avait invité, moi, le visiteur las arrivé à la fin du matin
À me reposer –
Puis à me restaurer.

Η γυναίκα φιλόξενη και χωρίς καμία δυσπιστία
Με είχε προσκαλέσει, εμένα, τον κουρασμένο επισκέπτη που έφτασε το πρωί
Να ξεκουραστώ –
Και στην συνέχεια να φάω.

Elle m’avait offert un œuf dur
Quelques pois chiches
Des tomates parfumées en ses quartiers
Des olives vertes, noires et violettes
Du fromage de sa chèvre
Et
Un joli verre de vin.

Μου πρόσφερε ένα σκληρό βραστό αυγό
Μερικά ρεβίθια
Αρωματικές ντομάτες από την γειτονιά
Πράσινες ελιές, μαύρες και μώβ
Τυρί από την κατσίκα της
Και
Ένα ωραίο ποτήρι κρασί.

Elle m’avait invité chez elle dans la langue commune
De ses yeux bleus du ciel, de son sourire édenté,
De ses mains calleuses ouvertes
Et du parchemin brûlé de sa peau.

Με προσκάλεσε στο σπίτι της στην δική της γλώσσα
Με τα μάτια της γαλάζια του ουρανού, με το χωρίς δόντια χαμόγελό της,
Με τα ροζιασμένα ανοιχτά χέρια της
Και το καμένο δέρμα της σαν περγαμηνή.

Rentrant de l’écurie où l’âne abreuvé, nourri,
Lentement caressé, repu de gourmandises,
Se reposait enfin jusqu’à l’aube prochaine,
L’homme vint vers moi
Les bras écartés comme ses lèvres ouvertes.

Επιστρέφοντας από το σταύλο όπου ο γάιδαρος έφαγε και δροσίστηκε,
Χάιδευετηκε σιγά και χόρτασε γλυκά,
Αναπαύεται επιτέλους μέχρι την επόμενη αυγή,
Ο άνδρας ήρθε προς το μέρος μου
Με τα χέρια απλωμένα και τα χείλια ανοιχτά .

L’homme était, lui aussi, heureux d’accueillir
L’étranger.

Ο άνδρας ήταν κι αυτός ευτυχής να καλωδεχτεί
Τον ξένο

Nous bûmes leurs plus beaux alcools
Mangeâmes le meilleur des repas
Dans leur langue inconnue
Familière
Sous les étoiles
Dans la chaude fraîcheur
D’une fraternité.

Ήπιαμε τα καλύτερά τους ποτά
Φάγαμε τα καλύτερά τους φαγητά
Στην άγνωστη γλώσσα τους
Οικεία
Κάτω από τα αστέρια
Μέσα στην ζεστή δροσιά
Μιάς αδελφότητας

One Class

A few pairs of starry eyes
Bespeaking inner mines
Of glittering gold –
Words running like gentle rain
Down the panes of crystal souls –
Hands raised like smiling lips –
Hearts and minds in unison.

This was my class
My hand-picked blossoms
From boughs of the same fruit tree
Laden with the lush promises
Of ripe bushels.

This was my spring and my fountain
Of fresh alpine water –
The moisture of Being
And the life-giving sap.

This was my bunch of fragrant flowers
In full bloom
Beheld and praised by bleary eyes
In my room
For cool and warm seasons on end –
Until the postponeless goodbyes.

Là-bas et là-haut

LÀ-BAS

Le bleu limpide et frais
Vient goûter au rocher
Quand dans sa grotte caché
Le fils du temps s’abreuve
De miel, de lait de chèvre
Quand pour puiser de l’eau
Irriguer les sillons
Les moulins tournent
Comme des têtes ivres.

Là-bas la terre est haute
Pour mieux toiser le monde
Fertile et grosse toujours
Pour mieux donner le jour
Offrir la vie, le silence des couleurs
La saveur de ses sources
Et de son grand jardin.

Du rivage jusqu’aux cimes
Tout se pare de lumière
Exhale des parfums
Chante, vibre, s’amuse
Se confond dans un ballet de sens
Jusqu’au vertige étrange
Au soupir tranquille
À la larme du sourire.

Cette terre longue et fière
Hérissée d’oliviers
Tenue par ses chemins
Ses cailloux et sa vigne
Descend loin dans l’histoire
De l’homme et de ses mythes
De ses murs blancs et secs
De tous ses monastères
De ses ports, ses filets
Et ses amarres larguées.

LÀ-HAUT

Un certain ciel du soir
Tracé par l’altitude
Un tableau sur fond noir
Des nuances d’habitude

Sans verbe à l’horizon
Dans le souffle du vent
Et ses conjugaisons
Aujourd’hui comme avant

De l’air par folles rasades
Un pinceau des palettes
Des nuages en tornades
Et couleurs en bandelettes

Un certain ciel ce soir
Sans aller ni retour
Et deux coudes au comptoir
Au sommet d’une tour

SANS

Sur les marches lisses du théâtre
Dans l’odeur âcre de l’urine
Dans le vacarme des voix passantes
Un homme dort –
À deux pas du lycée.

Il est là presque inerte
Invisible et rêveur
Réfugié dans ses songes
Derrière ses paupières closes –
Sous son duvet de honte.

Dans ce monde sans personne
Cette vie ignorée
Passe presque inaperçue
La nuit le matin l’après-midi en suite
Le soir en fin la nuit encore –
Silencieuse indolore.

Passe alors un poète
Qui se pose et regarde
Écoute le silence des jeunes âmes rieuses
Puis verse un soupir triste et long –
Comme une goutte d’encre.

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