Tempête
Le ciel furieux déverse sur nous tous, pauvres hères,
Des baquets par milliers que multiplie la Mer.
Une Pluie infernale arrosée par le Vent
Finit par engloutir l’espoir, la vie, l’auvent –
Et la bêtise, l’orgueil de l’Humain mis à terre –
Comme le vol apeuré d’un triste engoulevent.
Dans un cortège lugubre, toutes nos pensées cheminent
Vers tous ces Esprits sûrs – Se croyant à l’abri –
Qui soudain, secoués, s’interrogent puis fulminent –
Eux qui croyaient que Dieu, cet Être que l’on prie,
N’oserait rien contre eux ; qu’Il les protègerait
Contre eux-mêmes, ces idiots – toujours et sans arrêt.
Shakespeare eût mieux écrit, et Turner bien mieux peint –
Dvorak et Sibelius mieux composé encore :
Quelques vers, touches et notes pour nous servir de tain –
Nous eussent mieux enseigné la faiblesse des ports.
Car l’Artiste, qu’il soit poète, peintre ou musicien
Sent que Dieu, comme toujours, sait bien que l’Homme est Sien.
Et le vent augmente les dégâts en soufflant
Les hommes et les femmes qui avancent à pas lents –
Qui croient que la tempête est plus que ce qu’elle est :
Une cuillère agitée dans Sa tasse de café !
« Parigots, têtes de veau ! »
Quelques bonnes raisons supplémentaires pour un provincial de détester les Parisiens (et pour les Parisiens de se détester eux-mêmes)
Des raisons « supplémentaires » … Pour mieux comprendre ce qui suit, adressé au journal des lecteurs, qui n’a pas donné suite, se reporter à Marianne, n° 671, du 27 février au 5 mars 2010.
La première raison saute aux yeux dès qu’on ouvre le n° 671 de Marianne et qu’on lit le énième édito de Maurice Szafran consacré à Denis Olivennes et au Nouvel Obs. Je ne lis plus le Nouvel Obs et trouve cette querelle de journalistes parisiens nulle, déplacée et, pour tout dire, épouvantablement parisienne ! Personnellement, je me soucie comme d’une guigne du nombre de Marianne et de Nouvel Obs vendus en kiosques au fil des mois, tout comme je me fiche que M. Olivennes soit aujourd’hui acquis (ou pas) au néolibéralisme. C’est son affaire et celle de ses lecteurs, un point c’est tout. Quant à qui, de Marianne ou du Nouvel Obs, gagne le plus d’argent, alors là, je m’en contrefous, je m’en balance, j’en n’ai rien à cirer !
Peut-être les règlements de comptes entre journalistes parisiens, par éditos interposés, sont-ils de mise, voire jubilatoires en-deçà du périphérique intérieur ; ils sont certainement inintéressants et très mal vus au-delà, particulièrement dans les kiosques provinciaux, qui sont bien plus nombreux que les kiosques parisiens) ! Alors, Messieurs, si vous voulez vraiment en découdre, rendez-vous donc un jour au bois de Boulogne ou de Vincennes à 5 heures du matin en présence de témoins autres que vos lecteurs (je suggère Jacques Julliard pour D. Olivennes et Jean-François Kahn, autre pourfendeur de confrères parisiens[1], pour M. Szafran) et, de grâce, foutez-nous la paix ! Si d’aventure les bois parisiens faisaient encore trop « campagne », je propose que le duel ait lieu dans le bureau d’Alain Rémond, qui aura là un excellent thème pour une prochaine chronique. Faut voir.
On trouvera une deuxième raison de détester les Parisiens, toujours dans Marianne, à la lecture de l’article subtil de Guy Konopnicki, « Je suis une tête de veau ». Subtil, en effet, car il parle de Paris par relief en creux : il encense la capitale, tel Homéopatix[2], en faisant mine de critiquer la triste évolution de la ville, où « l’ennui provincial a gagné ». Sous prétexte de se lamenter sur ce que serait devenu Paris, Guy Konopnicki, parisien jusqu’au bout de sa « chère ligne 9 »[3], affiche en fait un profond mépris pour le reste du pays, qui serait une vaste campagne sans bruit et sans éclairage nocturne. Les ruraux, comme les citadins d’ailleurs, apprécieront. Et puis, je me demande comment on peut aimer une ligne de métro. Ca pue, le métro ; c’est plein de gens aussi blafards qu’une lumière de néon, qui ne sourient jamais. Il y a là quelque chose qui exige que l’on prescrive en urgence à M. Konopnicki un séjour en montagne ou à la campagne, voire tout bêtement dans une autre ville, Marseille (13) par exemple, ou bien Barcelonnette (04).
Il est probable que notre « tête de veau » désabusée et chagrine a lu le numéro de Courrier international (18-24 février) consacré aux Parisiens et qu’il a pris ombrage du jugement sans appel prononcé à leur endroit par nombre de ses confrères étrangers. Je conçois que pour un Parisien qui ne jure que par sa ville, il doit être très dur, peut-être même insupportable que ses habitants soient détestés aussi bien par les étrangers que par les autres Français. Il y a manifestement de nombreuses raisons à cela.
Gageons que Marianne, si elle veut continuer à gagner de l’argent, devra sans doute témoigner à ses très nombreux lecteurs non parisiens (abonnés ou pas), ploucs, Bécassine et autres culs-terreux, un peu plus de respect, voire un peu d’amour ! A cet égard, je tiens à saluer et remercier un journaliste parisien qui parle mieux que personne de la tête de veau (la vraie) et aussi de la province, qu’il ne trouve pas si ennuyeuse que ça, bien au contraire : l’excellent Périco Légasse. J’espère qu’il aura convaincu les Parisiens de se rendre à la porte de Versailles pour voir des vaches et, surtout, les entendre péter.
Pour finir, deux autres raisons (toujours liées aux médias parisiens, qui se veulent « nationaux ») de détester le parisianisme plus encore que les Parisiens : d’abord les émissions très très bobo de Paris Première, et puis le “cheptel » de certaines émissions de radio et de TV, si bonnes soient-elles. Je veux parler de Dominique Reynié, Christophe Barbier, Roland Cayrol, Renaud Dély, Nicolas Domenach, Laurent Joffrin, Sylvie Pierre-Brossolette, Alexis Brézet et j’en passe… Tous d’excellents journalistes, soit, ou des experts sur tous les sujets, comme on ne peut en trouver qu’à Paris !
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[1] Cf. un récent bloc-notes peu amène (mais tellement bon, je l’avoue) sur Alain Duhamel.
[2] « Les lauriers de César », Goscinny et Uderzo.
[3] Formule de GK parue dans le n° 669.
De Vancouver à la Porte de Versailles
28 février 2010.
- Jeux Olympiques de Vancouver : une bonne raison de construire enfin l’Europe.
La France se désole de n’avoir que 11 médailles (seulement 2 d’or) et de se retrouver à la 12ème place des nations qui battent la breloque. Imaginons que les sportifs de l’Union se soient tous présentés sous une seule et même bannière, celle de l’Europe. Eh bien, c’est très simple : l’Europe serait loin devant tous les autres. Je gage qu’il en irait de même pour l’économie, la diplomatie, la défense, la culture, etc. On peut toujours rêver…
- Salon de l’agriculture, Porte de Versailles (Paris)
Le président de la République n’aura pas inauguré la « plus grande ferme de France », qui a ouvert ses portes aujourd’hui. Il s’y rendra lorsqu’elle les fermera. Pour le moment, il jouit d’un week-end de repos bien mérité au Cap Nègre, après une folle semaine en Afrique, laquelle fit suite à une escapade aux Antilles, laquelle fit suite à… à quoi, déjà ? Bref, se mettre au Var, c’est plus reposant que de se mettre au vert. Surtout que notre président n’aime pas les paysans, ces culs-terreux qui empestent le fumier, le fromage et le vin, qui parlent avec un accent épouvantable de notre terroir, et dont les veaux, vaches, cochons, chèvres et surtout moutons lui rappellent sans doute trop ce peuple de France dont il est le chef. Bon, j’me casse…
La condition inhumaine
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Lamartine
Je préviens tout de suite le lecteur de cette histoire de fou : j’ai cent-cinq ans, répartis sur plusieurs vies.
Je naquis, ou pour mieux dire, sortis d’un atelier jurassien (et jurassique) il y a précisément cent-cinq ans. Notez bien que j’aurais pu naître breton.
J’ai beaucoup servi dans mes premières vies. Aujourd’hui, je ne sers qu’à décorer des maisons de bobos en mal d’authenticité. Je viens d’être installé dans une nouvelle demeure, sur une nouvelle étagère et je commence ma énième vie. Est-ce la cinquième, la sixième ou bien encore la septième ? Je ne sais pas, je ne compte plus tous ces déménagements.
On m’a posé là, à côté d’autres objets qui, comme moi, n’ont plus d’autre utilité que d’envahir, orner et meubler les étagères comme on meuble une soirée ennuyeuse.
Je suis – oserai-je le dire enfin – un vieux moulin à café. Je vous avais prévenu, c’est une histoire de fou. Contrairement à d’autres objets, j’ai toujours été un moulin à café. Je n’ai pas été, comme certains, torturés pour devenir autre chose que ce pour quoi je fus fabriqué. Et, bien qu’on ne me donne plus de grain à moudre, j’ose encore ouvrir mon tiroir pour dire ce que je pense : je broie du noir ; un noir aussi sombre et corsé que ce café dont on exigea de moi, jadis, que je le réduisisse en poudre. Tournons la manivelle comme pour un film. Rassurez-vous, je ne vous parlerai que de cette nouvelle vie qui commence, sur ma nouvelle étagère, dans la promiscuité, dans la compagnie forcée de quelques autres bibelots qui n’ont pas (encore) l’audace de s’exprimer. Il m’arrivera peut-être, au fil de mon ennui et de mes digressions, de vous parler de mes vies antérieures.
Nous, objets, posés sur des étagères ou exposés dans des vitrines, décorons le monde des humains ; nous en faisons partie ; nous appartenons à leur univers plus qu’à eux-mêmes. Quand ils mourront, nous serons toujours là. Ils n’intéresseront plus personne, surtout pas les brocanteurs. Peut-être, grâce à nous, quelque archéologue s’interrogera-t-il sur leur unique vie, leurs moeurs ou leurs usages.
Tout bien considéré, je vous dirai quelques mots de mes vies. Que voulez-vous, je mouline : c’est bien pour cela que je fus fait, n’est-ce pas ? On m’a acheté ce matin, une fois encore, dans une brocante, disons, pour rester modeste, un vide-grenier. Je n’ai jamais été nettoyé et, horreur !, voilà que j’apprends que mon nouveau propriétaire entend me laisser « dans mon jus ». De chaussette, évidemment, ce qui fait rire et le vendeur et l’acheteur. C’est très amusant, convenez-en ! Je suis ici, à même le sol, depuis cinq heures du matin et je n’ai pas envie de rire. Il fait froid et je risque de craquer car je ne suis hélas pas du bois dont on fait les flûtes ! Je craque. L’acheteur me soulève, me tourne et me retourne ; il m’ausculte, m’observe, me palpe. Il m’ouvre et me referme, en haut et en bas.
- « Combien, ce moulin ? »
- « 35 Euros. Vous n’en trouverez pas beaucoup des comme ça ! »
- « 20 ? »
- « 30 ! »
- « 25 ? »
Je suis l’objet d’un odieux marchandage. On m’emporte à 25. Je suis emballé.
Je suis passé de l’atelier à la boutique, de la boutique au placard, dont on me sortait chaque jour pour moudre du café. Puis du placard au grenier pour finir, ou mieux, poursuivre mon existence d’objet sur de multiples étagères, parfois dans une vitrine. Oui, lecteur, je suis devenu par enchantement un objet d’art, moi qui n’étais qu’un ustensile.
On m’a posé dans la cuisine, juste en face d’une machine ultramoderne qui me nargue en crachant sa mousse d’un café moulu par un autre. Je me gausse : quand elle aura rendu l’âme, on la jettera. Personne n’en voudra plus parce qu’elle n’est pas de ce bois délicatement vermoulu et de ce fer à peine rouillé qui font désormais mon charme ; parce qu’elle éructe en perçant ses capsules ; parce qu’elle ne sera jamais d’un autre âge.
Je suis en mauvaise compagnie, vous l’avais-je dit ? Je trône au milieu de quelques vieilleries dans un superbe étalage, pas encore une châsse. A droite, une antique cafetière en émail, toute cabossée, avec qui naguère j’eus quelques prises de bec. Elle boude encore, cette vieille ruine : elle fait le gros dos et me tourne l’anse qui fut un jour une poignée d’amour. Il faut que je vous dise que dans l’une de mes vies anciennes, je versais chaque jour ma mouture en son sein pour en faire du nectar. Nous eûmes plusieurs enfants que nous prénommâmes Marc.
A gauche, un cure-dent en ivoire, qui se pique de toutes mes remarques. Ce blanc-bec muet, posé la tête en bas sur un socle en ébène, me traite de raciste, allez savoir pourquoi ! Oui, certes, j’ai moulu beaucoup d’Arabica, mais ce fut simplement pour en extraire toute la saveur !
Et puis il y a cette tasse en porcelaine anglaise, idiote, vieille et ébréchée, qui se sucre au passage comme elle monte aux lèvres de certains sans même les écœurer. Je la hais.
Mais que fais-je donc au milieu de ces bougres, moi qui, dans une autre vie, faisais office de serre-livres dans une bibliothèque ? J’étais à trois ou quatre volumes de Malraux et juste à côté de Lamartine, qui me susurrait ce que je crois savoir aujourd’hui : je n’ai peut-être plus d’âme mais j’ai encore un parfum.
Ma première petite nouvelle
UNE RENCONTRE PARISIENNE
Il avance dans la rue noire et froide en ce soir d’hiver 2010. Il neige, il gèle. L’esprit est brouillé comme ce voile de gouttes qui tombe sur lui. Il arpente l’avenue de Wagram dans un manteau d’alpaga, ganté, chapeauté, emmitouflé. Il approche de chez lui les mains lestées par les courses qu’il vient de faire dans quelques magasins du coin. Dans quelques minutes il sera chez lui, il posera ses sacs sur le comptoir de sa cuisine américaine avant de les remettre au froid.
Sa femme l’a appelé il y a trois quarts d’heure : « surtout n’oublie pas le vin ! » Il y avait déjà pensé : un Corton et un Chambolle-Musigny. Elle l’a rappelé quelques minutes après : « Surprends-moi, chéri ! » Il avait déjà mis dans son sac deux cents grammes d’un rare caviar et une petite bouteille de la meilleure Vodka. Et un petit jouet pour leur intimité. Surprenant !
Etourdi par le froid et par sa propre bienveillance après la banque, le face-à-face avec ses ordinateurs dans une salle sans visages, il sourit en pensant qu’après tout ça il a dû faire son marché en rentrant. Il chemine comme un robot, les bras chargés, emmitouflé et chapeauté, ganté et bien couvert par ce manteau qu’il a hâte de quitter. Sa femme l’attend, impatiente ; elle a sorti les verres à pied et s’est parée d’une tenue affriolante. Il avance, les bras et l’esprit chargés.
Soudain, sortis du noir, trois hommes l’accostent et le bousculent. « Eh, Papy, où tu vas comme ça ? » Il sort de sa torpeur. La peur est plus froide que ce temps maudit. « Allez, montre-nous ce que tu as ! » L’homme est pétrifié, comme sorti d’une longue anesthésie. Sa femme est loin, soudain, comme ce lit douillet où il voudrait enfin pouvoir s’étendre en confiant ses secrets à l’oreiller discret.
« Alors, mec, tu nous ouvres tes sacs ? Dépêche-toi, on n’a pas qu’ça à faire ! » L’homme ouvre les yeux, cesse de regarder le vide, interroge ses assaillants d’un sourire crispé. « Allez, file-nous ta carte ! »
Une heure a passé. L’homme est à terre, sans son manteau, sans ses sacs, sans sa carte. Il se réveille dans ce froid qui tue. Il a encore son portable que les barbares, par miracle ou par mégarde, ne lui ont pas subtilisé. Les doigts engourdis, il compose un numéro au hasard, pas celui de sa femme : 06 13 … Un répondeur : « Vous êtes bien sur le répondeur de Marcia. Merci de laisser un message après le bip ». Il rappelle Marcia, machinalement. « Allo, allo… ». L’homme est encore à terre, ses lèvres remuent à peine. « Allo, ai-aidez-moi s’il vous plaît ». A l’autre bout du fil, Marcia, interdite, répond à l’inconnu : « Qui êtes-vous ? »
- « Je… J’ai été agressé à deux pas de chez moi. Aidez-moi ! »
- « Où êtes-vous ? Allo ? Où êtes-vous ? »
- « Au 36, avenue de Wagram ».
- « Je suis à Belleville. J’arrive, Monsieur, tenez bon ! »
Marcia ne comprend rien à ce qui lui arrive. Elle fonce quand même. Ce sera, qui sait, sa bonne œuvre, son acte humain.
Encore une heure passée dans le froid. Sa femme appelle enfin et tombe sur le répondeur comme on tombe de haut. Elle ne laisse pas de message. L’homme s’est endormi sur son trottoir recouvert de flocons.
« Monsieur, je suis Marcia. Tout va bien ? Monsieur, Monsieur, m’entendez-vous ? » L’homme s’éveille tout doucement, le sourire aux lèvres. « Oui, ça va, je crois. »
Marcia empeste le vin bon marché. Elle est vêtue d’un manteau rapiécé et d’une cagoule mitée. « Comment se fait-il qu’elle ait un portable ? », se demande tout de suite l’homme dont la vie ne dépend que de cette femme trouvée par hasard.
Marcia a enlevé son manteau pourri pour réchauffer l’homme. Le froid, cette nuit-là, a fait place à une chaleur nouvelle. Jérôme regarde Marcia dans les yeux et découvre tout d’un coup dans le flou un univers qu’il méprisait faute de le connaître.
Des larmes gelées coulent des yeux de Jérôme, maintenant enfermé dans les bras de Marcia. Il n’a plus envie d’appeler sa femme. Il boit avec sa Samaritaine le vin qu’on lui a dérobé dans la froideur d’une nuit soudain emplie d’une douce chaleur.
« Comment se fait-il qu’elle ait un portable ? » Il faut bien, cher Monsieur, que toute belle histoire ait sa part de mystère.
La suite…
Marcia, transie, fait signe au premier taxi qui passe. Il s’arrête.
- « Monsieur, cet homme s’est fait agresser. Il me sourit tout le temps. Il parle d’un nectar spécial, de caviar. Je crois qu’il a perdu la raison. »
- « Montez ! »
Marcia et le chauffeur transportent le corps fatigué de Jérôme dans le taxi. Direction Belleville. Un téléphone sonne. Madame s’inquiète enfin de ne pas voir son mari, de ne pas avoir son vin et sa surprise. Thérèse est morte d’inquiétude : « où est-il ? Que fait-il ? » Thérèse se couche en attendant demain.
La chambre à Belleville est froide, mal tapissée ; le lit est dur. « Où suis-je, pauvre de moi ? Ailleurs dans Paris, c’est sûr. Paris, c’est mieux que la banlieue ou, pire encore, la province ! »
- « Monsieur, Monsieur, ça va ? »
- « Marcia, j’ai faim. »
- « J’ai du caviar et un bon Corton. Ca ira ? »
Pourquoi ?
Quelques questions que je me pose en vrac mais dans l’ordre retors d’un esprit sulfureux :
- Pourquoi Frédéric Lefebvre n’est-il pas né chien ?
- Pourquoi Fadela Amara est-elle devenue et pute et soumise ?
- Pourquoi Sarkozy voyage-t-il autant ?
- Quand pourrai-je partir à la retraite ? A 65 ans ? old clunker…
- Pourquoi les syndicats font-ils mine de s’intéresser aux questions précédentes ?
- A quoi servent les élections régionales ?
- A quoi sert le MODEM ? et Bayrou, hein ?
- Voterai-je pour la liste « Europe Ecologie » aux élections régionales ?
- Pourquoi Martine Aubry ne fait-elle bander personne (à part ce pauvre Hamon) ?
- Pourquoi Besancenot est-il aussi con que populaire ?
- Pourquoi Frêche a-t-il été exclu du PS ?
- Pourquoi n’ai-je pas mis de patates dans ma soupe de légumes ?
- Marga nous régalera-t-elle enfin d’une conférence sur les abanicos ?
- Pourquoi Richard Martin a-t-il gentiment répondu à mes messages de soutien ?
- Pourquoi suis-je abonné à Marianne ? à Courrier international ? à Télérama ?
- Pourquoi détesté-je BHL et Alain Minc, entre autres ?
- Pourquoi Arielle Dombasle est-elle si maigre ?
- Pourquoi n’ai-je pas lu Kant et Botul
?
- Pourquoi certains de mes élèves de 3A n’ont-ils pas assisté à mon dernier cours ?
- Pourquoi suis-je si triste en mon école malgré le bonheur que me procurent mes élèves ?
- Pourquoi ai-je froid alors qu’il fait 21° chez moi ?
- Pourquoi mes chattes tiennent-elles à dormir sous ma couette ?
- Pourquoi ma mère et mes filles me font (prennent)-elles la tête ?
- Pourquoi vais-je au théâtre ? au ciné ?
- Pourquoi certaines femmes se déguisent-elles en fantômes ?
- Pourquoi le journal régional de France 3 est-il aussi nul ?
- Pourquoi ne comprends-je rien (ou presque rien) aux messages de mes « chers » collègues ?
- Pourquoi veux-je gagner au loto ?
- Pourquoi ai-je décidé tout petit d’être prof ?
- Pourquoi me souviens-je de certains de mes anciens élèves ?
- Pourquoi lesdits élèves se souviennent-ils de moi ?
- … Et pourquoi, pourquoi, ai-je la nausée en me levant le matin ?
Pourquoi tout cela et pourquoi tout le reste, en plus de quelques yes-no questions?
Citoyen en colère
29 janvier 2010
1. Le parquet, déjà bien rayé par les crocs (de boucher) de Nicolas Sarkozy, a donc fait appel de la relaxe de Villepin. Si, comme beaucoup le croient, l’appel a été interjeté avec la bénédiction (ou l’ordre) téléphonique des autorités de tutelle du procureur, à savoir la garde des sceaux et le président de la République, alors nous sommes bel et bien dans une république bananière. Il faudra donc changer notre Constitution pour que certains potentats velléitaires ne puissent plus abuser des pouvoirs qui leur ont été « démocratiquement » conférés. La Constitution des Etats-Unis et la « Bill of Rights » (déclaration des droits de l’Homme), aussi simples que brèves, pourraient nous servir d’exemple.
2. Des chiens présidentiels : François Mitterrand avait Baltic ; Jacques Chirac avait Sumo. Nicolas Sarkozy, lui, a Frédéric Lefebvre. Ce dernier est moins sympathique et beaucoup plus dangereux que les deux autres parce qu’il parle en même temps qu’il aboie ! Ses dernières déclarations depuis le jugement rendu hier dans l’affaire Clearstream sont une honte, un outrage (aux magistrats), un scandale ! Elevé au Purina, ce bon toutou adore quand même les os et sa baballe. Allez, Fredo, va chercher !
3. Quiconque gagnera les élections en Languedoc-Roussillon pourra dire qu’il/elle a été élu(e) frêchement (ou frêchement élu(e), selon le cas) ! A mon avis le PS a, dans cette affaire, une attitude pas très catholique ! Ni très orthodoxe d’ailleurs !
4. J.D. Salinger est mort. The Catcher in the Rye demeure dans la mémoire et le coeur du jeune lecteur que je fus.
The sole catcher
Beware ! Who does care about me –
Think about the poor thingummy?
Nobody! Really? You are wrong:
A hand was raised amidst the Throng –
In whose fine snare I was well caught:
To this Being went all my Thought –
My Heart, my Body – and my Soul –
Like through the Earth – a gentle Mole.
My Soul, my Heart, my Flesh –
The whole of Me – afresh.
Hence
I wish not to shake myself free.
I am the Root – He is the Tree
Who – day in, day out – makes me feel
That my tough heart is made to reel.
Haïti
La terre a trop tremblé, fait des milliers de morts –
Et chez le Prince, hélas, il n’y a plus de port.
Une minute déchaînée a confirmé le sort
D’une île décharnée, déjà vide, sans trésor.
Le Monde verse ses larmes sur ces rivages détruits –
Sur ces corps affamés que l’on n’a pas instruits.
Une terre très méchante a tremblé ce mois-ci.
Elle n’a rien épargné – ni le sol ni les vies –
Elle a tout emporté sur le sol d’Haïti.
Sans y avoir été, je sais ce qu’on y vit.
Et ce bout d’île maudit, sans repères, sans système,
Veut – les mains jointes et les genoux broyés – qu’on l’aime –
Que l’on comprenne enfin – si tant est qu’on le puisse –
Que ses cœurs sont meurtris comme le sont ses cuisses.
Enfoui sous le béton, un Etre respire encore –
Ecrasé par la masse et l’esprit d’un corps mort.
Il prie avec l’espoir, son âme, son nez, sa bouche -
Que sur Lui-même, enfin, quelque secours débouche.
Il attend, impatient, que l’Humain se révèle –
Qu’il lui dise et lui montre qu’il a toute sa cervelle -
Et que la race humaine sur son globe éternel
Doit reconstruire enfin ce qui n’est plus charnel.
