Message aux derniers Supphyens
On m’a demandé d’écrire quelques lignes pour honorer, à ma manière, la promotion 2004 de l’ex-ENSPM-actuelle-EGIM-et (qui sait ?)-future-Ecole-centrale-de-Marseille à la veille de la remise du diplôme.
Que l’on me pardonne cet écart de conduite, ce manquement à la bienséance, voire ce que d’aucuns pourront considérer comme une infâme provocation, pis, un blasphème : je m’adresserai avant tout, noblesse oblige, aux élèves de l’ENSPM. Bien qu’elle ait, pour ainsi dire, rendu l’âme après une longue agonie (sorte de chronique d’une mort annoncée), l’Ecole Nationale Supérieure de Physique de Marseille n’en demeure pas moins vivace dans le souvenir de celles et ceux qui y ont été formés, qui ont acquis dans ses salles de cours et ses laboratoires le goût de la Science et, j’ose le croire, une certaine appétence pour la découverte de l’Autre, sa langue et sa culture.
Mes pensées et mes voeux vont d’abord, tout naturellement, à la promotion sortante (l’avant-dernière), à qui je souhaite autant de succès qu’en ont rencontré les promotions précédentes et qui, je l’affirme avec la force que confère la conviction, n’a pas à rougir, loin s’en faut, d’avoir été formée par une école dont on a abusivement répété qu’elle était trop petite, trop provinciale, pas assez ceci ou cela. Dans un contexte strictement marseillais ou régional, elle était à l’évidence trop ceci et trop cela ! Dans un autre contexte, plus large, plus ouvert et internationalisé, elle portait en vérité une grande ambition dont elle se donnait effectivement les moyens : l’ENSPM formait des ingénieurs compétents, reconnus et ouverts, désireux et capables de partager leur savoir-faire et leur savoir-être, bien au-delà des frontières locales et nationales.
Au rebours d’une certaine bien-pensance, semble-t-il très en vogue, je ne puis parler que de ce je connais bien, loin de tout dogmatisme : les langues et la coopération internationale. Je tiens donc aujourd’hui, en mémoire du service des relations internationales de l’ENSPM que j’ai eu l’honneur et l’immense bonheur de diriger pendant près de quatorze ans, en étroite collaboration avec le département des langues et des cultures internationales, à remercier et féliciter tous les élèves de SUP-PHY qui se sont livrés avec enthousiasme à l’exercice difficile mais ô combien formateur et gratifiant de la différence culturelle, et aux projets desquels l’école a toujours su répondre par une volonté politique clairement affichée et mise en oeuvre. Pour mémoire, la moitié de la promotion 2004 a étudié et vécu entre six mois et un an hors de nos frontières. Ce faisant, elle a emboîté le pas aux promotions antérieures, suivi leur exemple et continué de conférer à l’ENSPM sa véritable identité et son authentique esprit d’ouverture.
Je devine que nombre d’Egimiens me liront en se demandant, l’air songeur, si je ne sombre pas dans la nostalgie et le passéisme. Qu’ils se rassurent ! C’est aussi pour eux que j’écris. Et c’est désormais pour eux que je milite dans ma salle de classe. J’éprouve un réel plaisir à leur communiquer mon goût de l’anglais et de la Différence. Et j’espère bien leur inoculer, à eux aussi, le virus de l’international en même temps qu’un antidote à l’uniformité. C’est pourquoi je forme des voeux pour que les délices étrangers auxquels leurs prédécesseurs de l’ENSPM ont goûté ne se transforment jamais, par erreur, par sottise ou par dogmatisme, en supplice de Tantale ou en fruit défendu.
Une page se tourne, soit. Mais qu’il soit rappelé ici et maintenant qu’un livre ne cesse pas d’exister parce qu’on le ferme !
Je souhaite à toute la promotion 2004 de l’ENSPM une brillante carrière et beaucoup de bonheur. Je lui souhaite également et peut-être surtout, comme à celles qui l’ont précédée, de se souvenir avec fierté d’où elle vient et de ce qui l’a construite !
Thierry Kakouridis
Marseille, décembre 2004

