Un Noël
J’ai dressé mon sapin dans la pièce –
Vert, rouge et doré.
A son pied, une crèche –
Le tout illuminé.
C’est Noël, temps d’Amour et de Paix.
Autour de mon sapin s’éclate une famille
De n’avoir rien compris, mais ce n’est que broutille.
Leurs âmes déformées par leurs cœurs égoïstes
Exigent sans le savoir que plus personne n’existe.
C’est un beau temps de fête
Mais il pleut sur ma tête.
Au pied de mon sapin, j’ai été insulté –
Par le sang : l’Esprit était absent –
L’Amour n’y était point.
Cette année, il n’y aura rien dans les souliers –
Sinon tout ce qui suit.
J’ai du pain sur ma table –
Quelques dattes, des amandes et des noix –
Du raisin, des oranges et des figues.
Je pleure sur cette mie et sur ces quelques fruits.
Mon Noël est pour Tous –
D’abord pour ceux qui, sans crèche et sans sapin,
Voient le jour qui se lève comme une nuit sans fin –
Sans étoile, sans promesse et moins encore de mages –
Qui n’ont dans leurs yeux vides que de belles images.
Une nuit, une petite fille bien pauvre
Gratta une à une toutes ses allumettes.
Dans une flamme pareille à la mienne
Elle vit une oie rôtie, un cadeau, un sapin.
La neige des joyeuses boules et d’un bonhomme à pipe
Enveloppa – alors qu’elle dormait – son corps noué de fripes.
Et moi, pauvre idiot, qui rêvais d’un Noël enneigé et tout blanc –
Je n’ai ce soir que pluie !
Et le foie est trop gras, le chocolat amer –
Les huîtres sont trop glaireuses, le boudin trop truffé –
Le saumon – trop fumé :
Remontera-t-il un jour jusqu’à la source
Ou ira-t-il de mon ventre à mes lèvres ?
Tiens, mon sapin a perdu une boule !
Au milieu de sa belle parure, une foule
Vient à s’interroger – à s’inquiéter –
Et peut-être à pleurer.
Surgit enfin, de toute l’obscurité
La flamme d’une bougie –
Toute seule dans le noir.
Elle vacille, elle tremble –
Mais elle brille et réchauffe.
C’est l’espoir indicible d’une solitude brisée –
Comme une pâte pétrie, aussi chaude que sucrée.
La voyant qui approche, assis près du sapin –
Installé dans ma crèche –
Je souris et je rêve
Que la flamme est portée en un sublime cortège –
Par ceux d’un cœur bien fait
Dont le rai vespéral devient ce soir Lumière.
Au pied de mon sapin – cette année –
Je couperai mon pain et lècherai des noix –
Peut-être quelques figues.
Et je serai heureux dans ma forêt glacée –
A la lueur d’une bougie sacrée
Qui ne s’éteindra pas.
Mon Dieu, je t’oubliais !
Toi mon Etoile qui brille tout le temps –
Qui décoras le sapin avec moi –
Et fis ton lit dans ma crèche.
Sois avec moi ! Nous serons seuls ensemble.
Et toi, l’Inconnu, si à notre porte tu viens –
Pour voir ce qu’elle cache –
Sois le bienvenu si tu frappes !
Tu seras avec nous –
Au pied d’un beau sapin.

Je reconnais mon Thierry… Si entier, si sensible, si lui !!! Gros bisous, Annie
Mon père n’a pas aimé, le sapin est plié !