Made in Marseille : message à Karim Zeribi. Et à d’autres…

Marseille, 5 avril 2011

Ce matin sur France Info, Karim Zeribi, élu écologiste de Marseille et patron de la RTM (régie des transports de Marseille, RATP locale) s’est exprimé comme un citron sur la laïcité, un sujet qui, sous diverses formes et appellations, donne lieu depuis quelques mois déjà à un « débat » dont la Gauche veut se débarrasser comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Si j’ai bien compris le propos de Karim Zeribi (je ne suis pas le dernier des idiots !), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, partout dans le pays, tout le temps. Et dans notre belle ville, bien sûr (ce pour quoi France Info l’a invité) : les Marseillais de toutes confessions vivent en harmonie, partout, depuis toujours. Marseille n’est certes pas « Alice au pays des merveilles » mais on n’a pas de raisons de s’inquiéter ou de se plaindre. Cessons donc de maugréer, de mal voter, de penser et dire n’importe quoi ! Car, qu’on se le dise encore, Marseille est une ville fraternelle, heureuse, harmonieuse, partout, comme toujours. Amen !

Eh bien si, justement, Marseille est bel et bien « Alice au pays des merveilles« , cette histoire impossible où règnent la logique et l’absurde dans un cadre que la Gauche s’acharne à vouloir poétique, lyrique et idyllique. Angélique !

Karim Zeribi, comme ses acolytes (et comme d’habitude), se réfugie derrière des mots, des incantations, des voeux pieux, des chimères, en bref derrière un discours lénifiant (de moins en moins porteur, par la force des choses) qui révèle toute l’impuissance d’une tête enfouie dans le sable et d’un cul bien à l’air, exposé à toutes les forfaitures. Pourvu que l’électeur morde à l’hameçon (c’est la tradition à Marseille…), voilà ce qui importe avant tout !

Que les gens (au-delà de leurs origines ethniques et/ou religieuses) se mélangent ou tentent à tout le moins de « vivre ensemble » ! Qu’ils aillent faire leurs courses dans les mêmes supermarchés ou dans les mêmes souks ! Qu’ils prennent les mêmes bus, les mêmes métros, les mêmes trottoirs ! Qu’ils se sourient aussi, peut-être ! Qui ne formerait pas ce voeu-là ? Qui ne nourrirait pas ce désir pour le bien-être de tous ? Mais voilà que, comme beaucoup d’autres, Karim Zeribi parle de communautés (au pluriel, notez bien), comme au Royaume (dés)uni ! C’est un aveu qui trahit l’idéal républicain.

Karim Zeribi a pourtant osé une expression surannée à laquelle moi, Français, je tiens mordicus : la Communauté nationale. Tout le contraire de ce que certains, qu’il entend pourtant protéger de la « stigmatisation » (un terme très très à la mode), refusent de comprendre, d’admettre, d’accepter et d’aimer.

Moi, Marseillais, sais trop bien, hélas, que ceux avec qui je voulais vivre paisiblement me rejettent parce que je ne suis pas comme eux : je mange du porc, je ne parle ni ne comprends l’arabe, je suis pâle et imberbe et ne porte pas de calotte ; je détourne mon regard en soupirant à la vue d’un voile intégral. Ils me rejettent et me fuient derrière leur voile, leur barbe, leur regard et leur langue. Ils sont bien plus nombreux que moi, alors je baisse la tête. Il m’arrive même de prier pour que rien de fâcheux ne m’arrive.

J’habite pourtant dans ce 14ème arrondissement de Marseille que désertent tous les bobos bien pensants, ces théoriciens du « vivre ensemble ». Dans mon quartier, il n’y a pas une seule boucherie non hallal à part Carrefour ! Je prends des bus excentrés dont Karim Zeribi a la charge mais dont il ignore tout – sur toute la ligne ! Et je me dis, entre la montée et la descente, les oreilles et les yeux bien ouverts, que je vis dans un pays qui a laissé se déliter ses valeurs véritables parce qu’il les croyait intemporelles et universelles, donc à l’abri de toute menace : Liberté, Egalité, Fraternité ! Et Laïcité !

Alors, monsieur Zeribi, prenez le bus, venez chez moi, et cessez de nous faire la leçon ! Mettez un terme à cette rhétorique et ce sophisme aussi risqués qu’irresponsables ! Peut-être apprendrez-vous alors ce que faire de la politique signifie vraiment ! Peut-être aussi, qui sait, prendrez-vous enfin la mesure d’un problème qui semble dépasser tout le monde, vous-même singulièrement. Le racisme, l’intolérance et l’exclusion ne sont pas forcément là où vous croyez !

Comments (4)

lamarqueaoût 12th, 2011 at 11 h 49 min

C’est mieux Thierry que ce que tu as écrit Gay Gay etc …. qui est à l’inverse, comme pour ce qui concerne Karim Zeribi dans ses fonctions de la morale élémentaire que tu dois enseigner … tu as raison pour ta présente réflexion et ainsi que je l’ai dit à M. Gaudin à la suite de son intervention à l’Assemblée sur la laïcité (et sur d’autres débats avec d’autres intervenants toutes catégories confondues ) et sur sa faconde légendaire « il va falloir jouer Pepone et …. Don Camillo aussi » …. et j’aurai l’occasion désormais de lui rappeler sur place, également que la France est « Fille aînée de l’Eglise » depuis …. 1515 ans ….. et Educatrice des peuples (discours du Président Chirac en 1996 au Souverain Pontife, le Bx Jean-Paul II »; rappelles donc cet élément essentiel à tes étudiants ingénieurs ou architectes peut-être aussi ?.

Thierry Kakouridisseptembre 6th, 2011 at 16 h 35 min

Merci pour ce commentaire, dont mes élèves prendront bonne note s’ils fréquentent mon site.

Henry 8thdécembre 14th, 2011 at 21 h 16 min

Je prends bonne note.
Pour ma part, j’ai tendance à considérer que Marseille survit mieux aux « communautarismes » (pas nationaux) pour trois raisons : 1. son mélange ethnique et sociale, 2. sa distance à Paris et au gouvernement, 3. sa distance aux sirènes mondiales. Dit autrement, elle subit moins les modes et plus le peuple.

Quant à notre communauté nationale, comment maintenir son apostolat d’éducatrice des peuples dans ce mondialisme où les vues les plus simplistes font le « buzz » ?

Thierrydécembre 18th, 2011 at 18 h 03 min

Henry, Marseille survit comme elle peut, loin de Paris, dans un mélange ethnique aujourd’hui dévoyé, et loin aussi des sirènes mondiales dont elle n’a jamais entendu le chant sinon ce f… « made in China » sur le moindre produit (forcément pas très cher) que le pauvre peuple achète à Carrefour, ce centre commercial sans âme dont il fait un lien/lieu social. Voilà ce qu’est Marseille.

Bien sûr, il y a la Cité phocéenne, celle de la vitrine 2013, l’OM, le silo, les illuminations du centre, la tour CMA, les théâtres où les classes moyennes cultivées se bousculent dans leurs manteaux en lapin et leurs écharpes trop parfumées. Il y a le Mucem (bientôt), les Docks, Le Petit Nice et j’en passe : il faut bien qu’une grande ville ait quelques attraits même si elle est pauvre !

N’oublions surtout pas Guédiguian, la véritable âme marseillaise !

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