Marianne

Elle exhibait jadis deux mamelles généreuses
D’où débordait par vagues ce lait suave et riche
Qui emplissait des champs et des prés la panse creuse.
Elle offrait à chacun dans ses plantureuses miches
Un présent fait d’avenir dans un papier doré
Qu’elle avait conservé précieusement dans une malle
En un coin du grenier de sa maison sacrée
Pour convoquer le bien et conjurer le mal.

Elle se nommait Marianne.

De son lait, de son miel surgirent de grands esprits
Les bras ouverts, levés pour faire un signe au monde
Et tendre aux lieues obscures leurs lumières par écrits,
Débarrasser la terre de toutes les têtes immondes.

Elle fit inscrire trois mots sur tous les frontispices
Dans le marbre des carrières accueillant le ciseau
Sans se douter qu’un jour au bord du précipice
Elle verrait en pleurant s’enfuir tous ses oiseaux.

Elle se nommait Marianne.

Elle fit de ses lambeaux un drap en trois couleurs
Qu’elle secouait vivement chaque jour à sa fenêtre
Pour offrir aux enfants des cerises et des fleurs,
Leur dire en un long rire qu’ils sont d’eux-mêmes les maîtres.

Elle se nommait Marianne.

Elle offrait au grand monde son bout de continent,
Ses plaines, ses fleuves, ses monts, ses villes vastes ou petites,
Ses villages, ses écoles aux jeunes impertinents,
Ses châteaux et ses vignes, ses mers, toutes ses pépites.

Elle était – ou fut – bien ce qui se peut donner :
Le vivre et le couvert, le calme dans les tempêtes,
Le bonheur rassasié, des siècles les années
Qui faisaient d’Elle pour tous la condition des fêtes.

Elle se nommait Marianne.

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