Un deuil en majesté

Assise dans un long banc de bois
Une reine prie tête baissée
Devant le long gisant princier
Qui naguère sis près du trône
Toisait la mort son épigone.

Seule en sa triste forme noire
Sa majesté s’est retirée
En sa personne sans les atours.
Droite dans son vieux corps courbé —
Aucune cour ne siège autour.

Des larmes coulent de l’œil voilé
Des souvenirs d’une longue vie
Des moments fous, des envolées
Des longs festins obligatoires
Des doux séjours crénelés.

Loin de ces deux grands oubliés
S’étendent debout toute la lignée
Et la cohorte protocolaire —
Silencieuses rangées scolaires
En uniformes de coutume.

Au loin s’élève un chant radieux :
De longues voix tombées des voûtes
Disent que la foi survit au doute
Lorsqu’il faut bien se dire adieu
En attendant son jour posthume.

Le cortège immobile devant le corps voilé
Attend que vienne la fin du long monologue
Entre la reine et à jamais son homologue.
Le chapeau triste masque les traits
Tirés sur les heureux moments volés.

Le cortège immobile planté là sur ses jambes
Bien à l’écart des doux échanges secrets
Attend dans le silence des âmes recueillies
Que la tête grise sans couronne ni décret
Se lève lentement près du corps allongé.

Sur les plus hautes tours les drapeaux dansent a minima.
Des clochers se répand le rare son du glas.
Le cortège s’ébranle au triste rythme musical
Puis s’évanouit dans le souffle d’éternelles rafales.

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