Je suis

Ce jour en coma silencieux
Oreilles bouchées, nez confisqué
Gorge en colère
Jambes dérobées
Je suis
La cadence de moments engloutis
Par le cristal d’une fenêtre close
Étourdie par la buée d’un œil morve.

J’attends assis un livre entre mes mains qui tombent
Que se tournent les pages et se déroule un récit incertain. Une histoire de maintenant.
De tout temps.
J’attends. Rien vient : rien est là –
Las de frapper au carreau de cette fenêtre vide.

Le livre est ouvert à sa page
Je plonge mes yeux brouillés et mon nez larmoyant dans le dur phrasé.
Je tourne et virevolte comme une page affolée.

J’attends. Attendre. Attendre toujours.
Le fauteuil bascule au rythme des secondes
Va et vient, se promène en l’espace arrêté.

Je pense. Je suis là
Au milieu d’un infini possible.
Un verre ferait mieux qu’une vitre
Sans cul ni bouteille – expérience.

Le délire est une conscience aveugle
Et sourde sans nez et sans papilles
Une pensée libre en fulgurances
Un corps sans chair.

Je suis. Je sens. Je m’absous.
Du doute je fais en fin une certitude.
Le monde tourne à l’envers des aiguilles
De ce que je montre.

Attendre. Attendre toujours
Que rien arrive
Comme un train déraillé
En ma gare incertaine.

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