Quelques bonnes raisons supplémentaires pour un provincial de détester les Parisiens (et pour les Parisiens de se détester eux-mêmes)
Des raisons « supplémentaires » … Pour mieux comprendre ce qui suit, adressé au journal des lecteurs, qui n’a pas donné suite, se reporter à Marianne, n° 671, du 27 février au 5 mars 2010.
La première raison saute aux yeux dès qu’on ouvre le n° 671 de Marianne et qu’on lit le énième édito de Maurice Szafran consacré à Denis Olivennes et au Nouvel Obs. Je ne lis plus le Nouvel Obs et trouve cette querelle de journalistes parisiens nulle, déplacée et, pour tout dire, épouvantablement parisienne ! Personnellement, je me soucie comme d’une guigne du nombre de Marianne et de Nouvel Obs vendus en kiosques au fil des mois, tout comme je me fiche que M. Olivennes soit aujourd’hui acquis (ou pas) au néolibéralisme. C’est son affaire et celle de ses lecteurs, un point c’est tout. Quant à qui, de Marianne ou du Nouvel Obs, gagne le plus d’argent, alors là, je m’en contrefous, je m’en balance, j’en n’ai rien à cirer !
Peut-être les règlements de comptes entre journalistes parisiens, par éditos interposés, sont-ils de mise, voire jubilatoires en-deçà du périphérique intérieur ; ils sont certainement inintéressants et très mal vus au-delà, particulièrement dans les kiosques provinciaux, qui sont bien plus nombreux que les kiosques parisiens) ! Alors, Messieurs, si vous voulez vraiment en découdre, rendez-vous donc un jour au bois de Boulogne ou de Vincennes à 5 heures du matin en présence de témoins autres que vos lecteurs (je suggère Jacques Julliard pour D. Olivennes et Jean-François Kahn, autre pourfendeur de confrères parisiens[1], pour M. Szafran) et, de grâce, foutez-nous la paix ! Si d’aventure les bois parisiens faisaient encore trop « campagne », je propose que le duel ait lieu dans le bureau d’Alain Rémond, qui aura là un excellent thème pour une prochaine chronique. Faut voir.
On trouvera une deuxième raison de détester les Parisiens, toujours dans Marianne, à la lecture de l’article subtil de Guy Konopnicki, « Je suis une tête de veau ». Subtil, en effet, car il parle de Paris par relief en creux : il encense la capitale, tel Homéopatix[2], en faisant mine de critiquer la triste évolution de la ville, où « l’ennui provincial a gagné ». Sous prétexte de se lamenter sur ce que serait devenu Paris, Guy Konopnicki, parisien jusqu’au bout de sa « chère ligne 9 »[3], affiche en fait un profond mépris pour le reste du pays, qui serait une vaste campagne sans bruit et sans éclairage nocturne. Les ruraux, comme les citadins d’ailleurs, apprécieront. Et puis, je me demande comment on peut aimer une ligne de métro. Ca pue, le métro ; c’est plein de gens aussi blafards qu’une lumière de néon, qui ne sourient jamais. Il y a manifestement là quelque chose qui exige que l’on prescrive en urgence à M. Konopnicki un séjour en montagne ou à la campagne, voire tout bêtement dans une autre ville, Marseille (13) par exemple, ou bien Barcelonnette (04).
Il est probable que notre « tête de veau » désabusée et chagrine a lu le numéro de Courrier international (18-24 février) consacré aux Parisiens et qu’il a pris ombrage du jugement sans appel prononcé à leur endroit par nombre de ses confrères étrangers. Je conçois que pour un Parisien qui ne jure que par sa ville, il doit être très dur, peut-être même insupportable que ses habitants soient détestés aussi bien par les étrangers que par les autres Français. Il y a manifestement de nombreuses raisons à cela.
Gageons que Marianne, si elle veut continuer à gagner de l’argent, devra sans doute témoigner à ses très nombreux lecteurs non parisiens (abonnés ou pas), ploucs, Bécassine et autres culs-terreux, un peu plus de respect, voire un peu d’amour ! A cet égard, je tiens à saluer et remercier un journaliste parisien qui parle mieux que personne de la tête de veau (la vraie) et aussi de la province, qu’il ne trouve pas si ennuyeuse que ça, bien au contraire : l’excellent Périco Légasse. J’espère qu’il aura convaincu les Parisiens de se rendre à la porte de Versailles pour voir des vaches et, surtout, les entendre et sentir péter.
Pour finir, deux autres raisons (toujours liées aux médias parisiens, qui se veulent « nationaux ») de détester le parisianisme plus encore que les Parisiens : d’abord les émissions très très bobo de Paris Première, et puis le « cheptel » de certaines émissions de radio et de TV, si bonnes soient-elles. Je veux parler de Dominique Reynié, Christophe Barbier, Roland Cayrol, Renaud Dély, Nicolas Domenach, Laurent Joffrin, Sylvie Pierre-Brossolette, Alexis Brézet et j’en passe… Tous d’excellents journalistes, soit, ou experts sur tous les sujets, comme on ne peut en trouver qu’à Paris ! Ca doit coûter moins cher à France 5, entre autres. Pas vrai, Yves Calvi ?
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[1] Cf. un récent bloc-notes peu amène (mais tellement bon, je l’avoue) sur Alain Duhamel.
[2] « Les lauriers de César », Goscinny et Uderzo.
[3] Formule de GK parue dans le n° 669.
28 février 2010.
- Jeux Olympiques de Vancouver : une bonne raison de construire enfin l’Europe.
La France se désole de n’avoir que 11 médailles (seulement 2 d’or) et de se retrouver à la 12ème place des nations qui battent la breloque. Imaginons que les sportifs de l’Union se soient tous présentés sous une seule et même bannière, celle de l’Europe. Eh bien, c’est très simple : l’Europe serait loin devant tous les autres. Je gage qu’il en irait de même pour l’économie, la diplomatie, la défense, la culture, etc. On peut toujours rêver…
- Salon de l’agriculture, Porte de Versailles (Paris)
Le président de la République n’aura pas inauguré la « plus grande ferme de France », qui a ouvert ses portes aujourd’hui. Il s’y rendra lorsqu’elle les fermera. Pour le moment, il jouit d’un week-end de repos bien mérité au Cap Nègre, après une folle semaine en Afrique, laquelle fit suite à une escapade aux Antilles, laquelle fit suite à… à quoi, déjà ? Bref, se mettre au Var, c’est plus reposant que de se mettre au vert. Surtout que notre président n’aime pas les paysans, ces culs-terreux qui empestent le fumier, le fromage et le vin, qui parlent avec un accent épouvantable de notre terroir, et dont les veaux, vaches, cochons, chèvres et surtout moutons lui rappellent sans doute trop ce peuple de France dont il est le chef. Bon, j’me casse…
Quelques questions que je me pose en vrac mais dans l’ordre retors d’un esprit sulfureux :
- Pourquoi Frédéric Lefebvre n’est-il pas né chien ?
- Pourquoi Fadela Amara est-elle devenue et pute et soumise ?
- Pourquoi Sarkozy voyage-t-il autant ?
- Quand pourrai-je partir à la retraite ? A 65 ans ? old clunker…
- Pourquoi les syndicats font-ils mine de s’intéresser aux questions précédentes ?
- A quoi servent les élections régionales ?
- A quoi sert le MODEM ? et Bayrou, hein ?
- Voterai-je pour la liste « Europe Ecologie » aux élections régionales ?
- Pourquoi Martine Aubry ne fait-elle bander personne (à part ce pauvre Hamon) ?
- Pourquoi Besancenot est-il aussi con que populaire ?
- Pourquoi Frêche a-t-il été exclu du PS ?
- Pourquoi n’ai-je pas mis de patates dans ma soupe de légumes ?
- Marga nous régalera-t-elle enfin d’une conférence sur les abanicos ?
- Pourquoi Richard Martin a-t-il gentiment répondu à mes messages de soutien ?
- Pourquoi suis-je abonné à Marianne ? à Courrier international ? à Télérama ?
- Pourquoi détesté-je BHL et Alain Minc, entre autres ?
- Pourquoi Arielle Dombasle est-elle si maigre ?
- Pourquoi n’ai-je pas lu Kant et Botul
?
- Pourquoi certains de mes élèves de 3A n’ont-ils pas assisté à mon dernier cours ?
- Pourquoi suis-je si triste en mon école malgré le bonheur que me procurent mes élèves ?
- Pourquoi ai-je froid alors qu’il fait 21° chez moi ?
- Pourquoi mes chattes tiennent-elles à dormir sous ma couette ?
- Pourquoi ma mère et mes filles me font (prennent)-elles la tête ?
- Pourquoi vais-je au théâtre ? au ciné ?
- Pourquoi certaines femmes se déguisent-elles en fantômes ?
- Pourquoi le journal régional de France 3 est-il aussi nul ?
- Pourquoi ne comprends-je rien (ou presque rien) aux messages de mes « chers » collègues ?
- Pourquoi veux-je gagner au loto ?
- Pourquoi ai-je décidé tout petit d’être prof ?
- Pourquoi me souviens-je de certains de mes anciens élèves ?
- Pourquoi lesdits élèves se souviennent-ils de moi ?
- … Et pourquoi, pourquoi, ai-je la nausée en me levant le matin ?
Pourquoi tout cela et pourquoi tout le reste, en plus de quelques yes-no questions?
février 16th, 2010 in
Humeur |
2 Comments
29 janvier 2010
1. Le parquet, déjà bien rayé par les crocs (de boucher) de Nicolas Sarkozy, a donc fait appel de la relaxe de Villepin. Si, comme beaucoup le croient, l’appel a été interjeté avec la bénédiction (ou l’ordre) téléphonique des autorités de tutelle du procureur, à savoir la garde des sceaux et le président de la République, alors nous sommes bel et bien dans une république bananière. Il faudra donc changer notre Constitution pour que certains potentats velléitaires ne puissent plus abuser des pouvoirs qui leur ont été « démocratiquement » conférés. La Constitution des Etats-Unis et la « Bill of Rights » (déclaration des droits de l’Homme), aussi simples que brèves, pourraient nous servir d’exemple.
2. Des chiens présidentiels : François Mitterrand avait Baltic ; Jacques Chirac avait Sumo. Nicolas Sarkozy, lui, a Frédéric Lefebvre. Ce dernier est moins sympathique et beaucoup plus dangereux que les deux autres parce qu’il parle en même temps qu’il aboie ! Ses dernières déclarations depuis le jugement rendu hier dans l’affaire Clearstream sont une honte, un outrage (aux magistrats), un scandale ! Elevé au Purina, ce bon toutou adore quand même les os et sa baballe. Allez, Fredo, va chercher !
3. Quiconque gagnera les élections en Languedoc-Roussillon pourra dire qu’il/elle a été élu(e) frêchement (ou frêchement élu(e), selon le cas) ! A mon avis le PS a, dans cette affaire, une attitude pas très catholique ! Ni très orthodoxe d’ailleurs !
4. J.D. Salinger est mort. The Catcher in the Rye demeure dans la mémoire et le coeur du jeune lecteur que je fus.
« In sooth, I know not why I am so sad :
It wearies me ; you say it’ wearies you ;
But how I caught it, found it, or came by it,
What stuff ’tis made of, whereof it is born,
I am to learn ;
And such a want-wit sadness makes of me,
That I have much ado to know my self. »
Willliam Shakespeare, The Merchant of Venice.
Savez-vous ce qu’est la mélancolie ? Pourquoi certains en souffrent ? Le diagnostic est-il aujourd’hui meilleur et plus juste qu’à la Renaissance ?
janvier 8th, 2010 in
Humeur |
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J’avais (pré)dit à mes élèves, dans ma classe, que Copenhague serait un échec. C’en est un, hélas, sans l’ombre d’un doute. Les chefs d’états réunis aujourd’hui s’apprêtent à signer un simple document, une déclaration d’intention en quelque sorte, pour éviter que ce sommet ne soit un fiasco ou, plus précisément, qu’il n’apparaisse comme tel au yeux de l’opinion publique mondiale. Personne ne s’engage ; rien n’est obligatoire : chacun pourra continuer à pourrir le monde à son seul profit après avoir ajusté sur son tout petit nez ses toutes petites lunettes. 2050, c’est loin. 2100, plus loin encore… Après nous le déluge !
On se contente de se saluer, d’être d’accord sur le fait de ne rien faire, en attendant une nouvelle conférence qui, c’est certain, résoudra cette fois tous les problèmes. Tous ! Mais la température monte, monte, monte, comme le niveau des mers… et de la connerie de ceux qui nous dirigent.
Si Noé veut de moi, je le suivrai pour une nouvelle aventure ! A moins que les peuples ne se révoltent avant et envoient leurs gouvernants à l’eau.
Ca n’arrête plus depuis des jours : Johnny Halliday est hospitalisé, comme chacun sait, à Los Angeles. On nous abreuve, on nous gave, on nous dégoûte de son état de santé, heure après heure, jour après jour. Je n’en peux plus ! Arrivé dans cette ville exotique en fauteuil roulant, quelques heures après une opération dans un hôpital très très chic de Paris, le rocker préféré des Français (enfin… de presque tous) se remet enfin de deux comas artificiels, entourés de sa meute familiale, amicale et journalistique. Tous les auditeurs, lecteurs et téléspectateurs français (pas les autres, heureusement pour eux !) ont droit à des bulletins de santé réguliers, qu’ils le veuillent ou non : l’idole est alitée ; il se réveille ; il souffre ; il est heureux d’être si bien entouré, plus auréolé encore que ses aisselles sur scène (ou sur Seine, comme vous voudrez) !
On nous informe que les concerts « Johnny 66 » (route 66, âge 66 : c’est futé, hein ?) ont tous été annulés. Tu parles : le pauvre vieux n’a pas le droit de prendre l’avion pour rentrer en France. Personnellement, ne faisant pas partie des quelque 160 000 fans qui, les larmes aux yeux, se feront rembourser des billets à 100 euros min., je me fous éperdument de la nouvelle, comme je me fous de l’artiste ! Quant aux inquiétudes de ses compagnies d’assurance… Je voudrais tout simplement qu’on ne m’impose pas ses bulletins de santé ni les commentaires mièvres de ses amis éplorés. Ras-le-bol, donc, des nouvelles de Johnny à la une de tous les journaux, de toutes les radios et de toutes les télés de France. La France, ce pays où, soit dit en passant, la star fait tout son fric sans y payer l’impôt.
Du Johnny, nous en bouffons tellement que j’aimerais qu’il devienne enfin, une fois pour toutes, l’idole des jeûnes !
Une querelle de clocher ? Le vote suisse a aussitôt déclenché une salve de critiques et d’émois. Moi, j’observe et je m’interroge sur ce vote ; sur ce qu’il signifie et ce qu’il dit. Je ne suis pas certain que les Suisses soient racistes ou contre l’Islam. Je me demande donc ce qu’est un minaret et à quoi il peut bien servir. Est-ce un simple ornement architectural ? Une tour qui offre une vue imprenable sur un monde conquis ? Le symbole du refus des valeurs auxquelles je crois ? Une autre burqa ? Je suis incapable de me prononcer pour le moment mais je suis vigilant. La laïcité, pour moi, est une valeur républicaine irréfragable.
Posté ce 7 décembre 2009 sur un forum de Libération :
Tout d’abord, il eût été (intellectuellement) honnête que les politiques français prennent le temps de la réflexion avant de faire à chaud des déclarations intempestives, immédiates et donc irréfléchies. Moi, je me contente d’observer et ne me prononcerai donc pas encore pour ou contre les minarets.
Quelques éléments de réflexion cependant. La Suisse est un petit pays sans façade maritime, sans (douloureuse) histoire coloniale, entourée de pays membres de l’UE qu’elle ne veut pas rejoindre. Les banques y sont peut-être pour quelque chose, comme la douceur de vivre en montagne. La Suisse est neutre – ou se déclare comme telle. Elle est ceinte de toute part et sa neutralité, mieux que les montagnes, lui a longtemps servi de forteresse. Les minarets n’ont peut-être rien de neutre, eux, un peu comme ces Français frontaliers qui iraient manger le pain des Suisses. Ou ceux qui, riches à souhait, payent leurs impôts en terrain neutre - et auraient ainsi mauvaise grâce à s’immiscer dans un débat sur l’identité nationale ! Quel rapport avec les minarets ? Je m’interroge, c’est tout. Quel rapport avec la Suisse ? Là, je m’interroge moins !
Pour comprendre les choix d’un peuple, il faut connaître ce peuple, son histoire et sa culture. Je ne sais pas grand-chose des Suisses car je trouve la neutralité assez fade et ne m’y intéresse donc peu. Cependant, se pose en la circonstance la question de l’identité de l’Europe (pas de la Suisse, dont l’identité me paraît aussi neutre que la blanche couleur de ses sommets).
On dit, sans doute avec raison, que de par son histoire ancienne, notre bout de continent est chrétien, avec toutes les valeurs que le christianisme emporte, des valeurs avant tout républicaines, eh oui, que nous pourrions sottement croire détachées de toute forme de spiritualité. L’égalité, la fraternité, la liberté, la tolérance, le pardon (l’oubli) et même la laïcité trouvent leur fondement dans les valeurs chrétiennes, n’en déplaise aux athées militants relativistes (une confession, soit dit en passant, semblable à toutes les autres).
D’un point de vue historique et architectural (donc symbolique), les clochers des églises font partie d’un paysage et d’une culture vieux de plusieurs siècles. Les minarets, comme les clochers, ont également une valeur symbolique, et c’est bien à celle-ci qu’il faut s’intéresser sans passion mais avec honnêteté. Je ne souscris aucunement aux thèse de Samuel P. Huntington (The Clash of Civilizations), et j’aimerais beaucoup ne pas devoir y souscrire un jour, d’où la nécessité impérieuse, je le répète, d’une observation et d’une réflexion sereines. J’ose croire que les minarets ne sont pas conçus aujourd’hui par certains prosélytes (du grec prosêlutos, « nouveau venu dans un pays ») comme un avatar inamovible et altier de la burqa, au port de laquelle je suis carrément opposé parce que ce vêtement porte et affiche des « valeurs » incompatibles avec les miennes et qu’il est une provocation manifeste et insupportable.
Il y a quelques mois, j’écrivais un poème sur Grenade. Grenade et toute l’Andalousie, où se mêlèrent un jour et pendant des siècles, harmonieusement, le Chrétien, le Musulman et le Juif. L’histoire nous apprend bien des choses, n’est-ce pas ? J’ai aussi écrit sur Marseille, celle d’aujourd’hui, où des petits ne se lèvent plus dans le bus, hélas, pour céder leur place à une vieille dame au chignon argenté ; où roulent partout des fantômes sans repères, dans une indifférence feinte qui risque de ne plus pouvoir taire très longtemps des colères angoissées et craintives jusqu’ici contenues. Je parle des rues sales, des graffiti, de la haine et du mépris, de l’incivisme et de l’orgueil. Je parle aussi d’âmes désemparées qui, par dépit, voteront un jour massivement pour l’innommable. Dieu nous garde de toutes ces atrocités !
Vendredi 27 novembre. Remise des diplômes à la promo 2009 de l’Ecole Centrale Marseille. Cérémonie un peu convenue, certes, et un tantinet ennuyeuse. Mais j’y suis allé pour revoir et féliciter quelques-uns de mes nouveaux anciens élèves. Ca m’a fait du bien de revoir ces jeunes avec qui j’ai passé d’excellents moments. Dehors, en bas de la Canebière, la traditionnelle foire aux santons à laquelle je me suis rendu pour éviter les interminables discours, en attendant la remise des diplômes proprement dite. Enfin, les lauréats, appelés l’un après l’autre, se sont rangés sur l’estrade, comme dans une crèche vivante.
Vendredi toujours, le soir, au Toursky : Les Bons Becs, cinq gugusses musiciens pleins d’humour et bourrés de talent. Un grand voyage musical autour du monde. Jubilatoire !
Samedi 28 novembre. Au cinéma « Les Variétés », le dernier film de Michael Moore, Capitalism: A Love Story. Génial ! Où l’on comprend (si on ne le savait pas encore) que le capitalisme sauvage et débridé (l’ultralibéralisme) est tout le contraire de l’Amérique, de ses valeurs et du modèle de démocratie que furent les USA depuis leur naissance en 1776. Michael Moore n’hésite d’ailleurs pas à se référer à la Constitution (1787) et agrémente son générique de fin de quelques citations fort opportunes de quelques pères fondateurs (Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, George Washington, etc.). A voir ab-so-lu-ment ! Je ne manquerai pas d’en parler à mes élèves.
Dimanche 29. J’écoute enfin, après être rentré d’une brocante où j’ai fait quelques affaires, un disque acheté vendredi : Ibérica. Anne Gastinel au violoncelle et Pablo Márquez à la guitare nous invitent à découvrir ou redécouvrir de grands compositeurs espagnols comme Manuel de Falla ou Enrique Granados. 28 morceaux savoureux, apaisants et revigorants à la fois. Bref, une merveille ! Tout en écoutant ce divin CD, je lis Qu’est-ce qu’être français ?, un recueil de témoignages proposé par l’Institut Montaigne. Très bel ouvrage où dix-neuf personnalités d’origines culturelles diverses livrent leur idée de la francité. Il ne faut pas que j’oublie d’en parler à mes élèves.
Bon baisers de Marseille où la nuit tombe sur un bonhomme heureux.
Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende parler (en mal) de Marseille. Hier la ville était ensevelie sous des milliers de tonnes d’ordures par la faute d’une poignée d’éboueurs maîtres chanteurs à qui l’on finit par céder, une fois encore. Aujourd’hui, on apprend que le tri des ordures ménagères opéré par les particuliers ne sert à rien depuis un mois : le carton, le plastique et le verre partent à la même décharge (Entressen, la plus grande d’Europe) que toutes les ordures : le centre de tri attend d’être certain d’avoir le marché pour rouvrir ses portes. Petit détail : la collecte d’une tonne de déchets recyclés coûte entre 350 et 1 000 euros. La justice subodore quelques malversations et autres magouilles relatives à la collecte des déchets dans la communauté urbaine. Et pourtant, Renaud Muselier, interviewé sur France Info, continue d’affirmer que Marseille n’est pas Naples ! Ben voyons ! Poursuivons : la station d’épuration de Marseille (la plus grande station enterrée du monde) présente soudain des anomalies techniques pointées du doigt par la Commission européenne. Et la mer continue de servir d’égout. Et l’Huveaune, bourrée de dioxine, est interdite aux pêcheurs jusqu’à nouvel ordre. Et demain ?
Marseille 2013 : capitale européenne de la coproculture !