Le lait républicain

« C’est dans les écoles nationales que l’enfant doit sucer le lait républicain. La République est une et indivisible. L’instruction publique doit aussi se rapporter à ce centre d’unité. »

Sur l’instruction publique, 12 décembre 1793 (22 frimaire an II), Discours civiques de Danton.

CHRISTMAS

snow flakes and flurries
blizzards and storms
dark gales of winter
nipping noses and cheeks
hurrying home
on frozen feet
and empty stomachs
smoking chimneys
in the approaching distance
through feet of cold whiteness
wading plowing
and frozen tears
and red noses
and rosy blotchy cheeks

home
front door opened
and closed
and locked behind
fire in its place
embers cinders
cakes on the table
hot and spicy wine
in glasses galore
mitts and wooly hats hung
to dry
ice melting at the knees
in cornucopia stockings
chocolates and tangerines
biscuits
the smell of leftover
meat and pies

home
mistletoe and holly
bed duvet and eiderdown
sleep
sweet dreams

©Thierry Kakouridis-Torres

LE DÉCLIN

Il est
Caché dans un porte-monnaie
Qui ne s’ouvre jamais
Dans l’âme errante
Inexistante
De celui qui croit
En Rien
Qui se réjouit, reste coi
Dans sa mélancolie
De l’ombre portée des mots.

Il est cette feuille morte
Qui craque sous le pied
Et puis s’envole en miettes
Pour contempler les temps
Et leurs reflets moirés.

Il est heureux
Comme les autres peinent
Se lamentent
Gémissent et pleurent
Heureux et fier
Altier
Porté par ses disciples
Et leurs grimaces masquées
Dans son char accroché
Sur une pente raide
Parsemée de cailloux
De lichens et de trous.

Il est tel un miroir
Le reflet du malheur
Tout noir comme les idées
Dont il nourrit l’apôtre
Qui le suit pas à pas
Le porte et le soutient
Et agite devant lui
Des oriflammes nocturnes
Pour effrayer l’Humain
Et lui dire qu’il est mort
Et qu’espérer est vain.

©Thierry Kakouridis-Torres

LA BÊTISE

Une méchante bêtise –
Croit-on souvent –
Se veut d’une grande intelligence
Dans un coeur déployé.
Quelques anges voletant
Par-ci, par-là
Sous leurs ailes rognées –
Leur belle intelligence et leur grand coeur ouvert
Comme des volets fermés –
Ont toute auréolée
Une vérité profonde :
La Leur, la Seule
L’Unique, l’Incontestable –
La Vraie ;
Qui pour bien tolérer
Tout et n’importe quoi
Se mettent à mépriser –
Et surtout à haïr –
Ceux qui n’ont pas les mêmes ailes
Qu’Eux.

©Thierry Kakouridis-Torres

La barbarie

Ce que les barbares islamistes ne savent pas : on ne détruit pas une âme en coupant une tête !

Un poème composé naguère :

LES BARBARES

Deux jeunes hommes ont franchi
Sans le vouloir –
Eux qui pouvaient attendre –
Ce seuil qui conduit tôt ou tard au trépas –
Du Tout au néant
Ou de la terre au Firmament –
Peut-être.
Quelques-uns, sans prévenir, ont défoncé la porte.
Ils ont précipité ces deux âmes innocentes et tranquilles
Du banal rebord d’une vie insouciante,
Belle, gaie, toute fleurie de promesses –
Qui savouraient la Vie autour d’une table heureuse
En un lieu bien commun –
Vers la célébrité d’une mort immédiate,
Brutale, violente, sauvage, aléatoire –
Sur une scène désertique, sans ombre –
Pas même celle d’un espoir –
Pour expier une faute qu’ils n’avaient pas commise.
Ces âmes sont aujourd’hui – avant l’heure –
Passées au cimeterre.
Privés de liberté – comme bien d’autres otages –
Puis aussitôt de Vie –
Les jeunes anonymes – sans Histoire –
Ont ému un monde épouvanté –
Par la folie de quelques hommes –
Rongés par une haine incurable –
Qui commettent le pire – que la Langue ne peut plus désigner.
Pauvres nuages de poussière,
Virgules sur la dune,
Bêtes du désert –
Scorpions et serpents,
Charognards en l’Espèce,
Lézards sans eau ni larmes,
Insectes réfugiés dans les failles des montagnes
Pour échapper au prédateur furtif,
Ecoutez bien le vent quand il change de sens
Et quand la dune se meut et défait l’horizon !
Vos visages sont masqués par une étoffe
Qui retient votre souffle sec –
Ecarte le Divin de vos cœurs pétrifiés,
De vos âmes desséchées
Comme des noyaux de dattes.
Vos regards fielleux,
Le sifflement de vos langues fourchues,
Le hurlement sans écho de votre haine glorieuse,
Vos armes à l’épaule
Et vos corps désertés par ce qui fait un Homme
Seront un jour châtiés par vos propres flammes.
Tout ce que vous n’êtes pas mérite l’enfer du dieu
En qui vous dites croire.
Vous ne le priez pas à visage découvert
Parce que vous avez Peur –
Parce que vous avez Honte.
A cette idole que vous pensez si grande –
Dans un désert de sable et de pierre –
Inerte et sans ciel –
Sans écriture, sans signe véritable –
Vous voulez conduire l’ « infidèle »
Au bout d’une baïonnette
Par d’odieux sacrifices.
Vos noyaux, sachez-le, ne feront jamais pousser les palmiers.
Vous ne connaîtrez jamais l’oasis
Ni le bonheur de cultiver des légumes et des fruits
Ni la joie d’ouvrir une porte à l’Inconnu pour offrir le lait
Ni le rire d’un enfant.
Vous êtes maudits –
Vous qui survivez dans un four sans ombre
En vous cachant toujours pour haïr en secret –
En poussant ces cris exaltés engloutis par le vent.
Quand vous aurez trop soif, vous sucerez le canon de vos fusils
Jusqu’au dernier grain de poudre.
Vous crèverez de soif. Et ce sera bien fait.
L’homme sage et tranquille –
Toute colère contenue –
Posé – calmement – sur ses principes –
Même si la chose est dure –
Doit veiller à n’être pas dérangé.
Il se dit qu’il doit continuer d’aimer
Malgré tout –
De ne pas faire le mal –
De vivre en l’Autre et –
Avec Lui et tous les Siens –
De faire pousser de grands palmiers
Qui un beau jour feront dattes.
C’est là – Seulement –
Dans le recoin des cœurs paisibles –
Qu’est le salut de toute Humanité –
Et que vaguent les Âmes
Dans leur pleine Liberté.

Qu’est-ce qu’enseigner ?

L’enseignement est un dialogue, rien de plus, entre des esprits forts, nécessairement rebelles. Il faut, pour que ce dialogue se fasse et se passe, de bons esprits capables d’une vraie dispute sans crainte d’une mauvaise note, où le tableau s’efface parfois devant ceux qui se lassent d’être instruits malgré eux, malgré moi. Enseigner est une modestie sans fard ni autoritarisme. Il suffit, pour enseigner, pour finir, de l’autorité de qui sait de quoi il parle ; qui sait avant tout écouter, entendre et apprendre aussi de tous ceux qu’il instruit.

Les martyrs

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».
Friedrich Nietzche, « Ecce Homo »

« Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d’une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu’aucun martyr n’eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu’a un martyr de jeter sa certitude à la face de l’univers s’exprime un si bas degré d’honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d’esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu’on le réfute. La vérité n’est pas une chose que l’un posséderait et l’autre non. Plus on s’avance dans les choses de l’esprit, et plus la modestie, l’absence de prétentions sur ce point deviennent grandes : être compétent dans trois ou quatre domaines, avouer pour le reste son ignorance… Les martyrs furent un grand malheur dans l’histoire : ils séduisirent. Déduire qu’une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle – cette logique fut un frein inouï pour l’examen, l’esprit critique, la prudence intellectuelle. Les martyrs ont porté atteinte à la vérité. Il suffit encore aujourd’hui d’une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation. Comment ? Que l’on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur ? Ce fut précisément l’universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l’apparence de la dignité ».

Friedrich Nietzsche, « L’Antéchrist »

Les ombres

Des bipèdes enragés comme des chiens
Hurlent toute leur haine
Vomissent leur glaire amère.
Ils glissent comme des ombres
Noires et glacées
Sur le pavé mouillé de janvier
Et crachent dans leur foule
Leur inhumanité.

Ces êtres décérébrés
Ces ectoplasmes bruyants
Brandissent des ananas –
Le fruit de leur bêtise
Et le jus de leur bile –
Eux qui veulent déchirer
La douce chair de Marianne
De leurs crocs acérés.

De leurs gestes obscènes
De leurs visages tordus par les cris
Et la haine de l’Autre
Ils rassemblent autour d’eux
Toute leur bestialité
Et les âmes perdues
Condamnées à survivre
Dans leur terrible enfer.

Mon nouveau recueil de poèmes

DÉSORDRES

Couverture Désordres

Afrique

L’homme a transformé l’homme
En un monstre assoiffé de son sang.
Il regarde la terre de son oeil triste – absent
Comme une bête de somme.

Au coeur du continent
Se perce l’humanité bestiale
À grands coups de machette
Bâton et mitraillette.
La haine est son destin – infernal –
Un effroi permanent.

On voulut faire de l’homme un être civilisé
Piétiner son histoire comme on foule la savane
Observer ses usages dans un très grand musée
Après avoir sucé la mangue et la banane.

Ma belle et pauvre Afrique
Par la lame qui défriche
Tu remplaças la trique
Au lieu de te faire riche.

Je pleure sur ton suicide
Et sur toute la folie
De celui qui trucide
Les enfants dans leur lit.