Je fréquente les brocantes et autres vide-greniers. Que voulez-vous, j’ai une passion pour les vieux objets et les livres anciens, bref pour les antiquités.
Dimanche dernier, je tombai sur un vieux bouquin en cuir qui arborait sur sa couverture, en lettres dorées, ces mots qui peuvent parler encore : « REPUBLIQUE FRANCAISE Liberté – Egalité – Fraternité ». Dans un bel écusson ceint de palmes, aux armes de Paris : « Ville de Paris, Collège Rollin » dans les mêmes lettres d’or.
Le 4 juillet 1894, ce bel ouvrage fut remis comme prix pour « 30 témoignages de 1er ordre » (!) à l’élève Haulmann du collège Rollin à Paris. Le livre, écrit par Armand Lelioux, s’intitule Promenades au palais : hommes et choses de la justice. Il fut publié pour la seconde fois en 1884 comme l’atteste l’exemplaire que je tiens entre mes mains. Je livre à mes élèves, à mes amis, à mes visiteurs in extenso le premier paragraphe de son introduction.
Mes amis – je puis appeler ainsi les lecteurs à qui je m’adresse, d’abord parce que je suis, moi, leur ami, et ensuite parce que je suis persuadé que tous, sans exception, sont de charmantes jeunes filles ou de laborieux garçons – mes amis, donc, savez-vous quelle est, de vos nombreuses qualités, celle qui a pour effet de nous désespérer le plus souvent ? Ne vous trompez pas : n’allez pas chercher parmi vos défauts (vous en avez bien quelques uns…) Vous ne trouvez pas ? Je vais vous aider, alors : cette qualité, car c’en est bien une, et qui sera pour vous, toute votre vie, une source féconde de progrès et de jouissances – c’est… la curiosité.
Quatre pigeons sont venus se poser tout à tour sur le faîtage de la vieille maison d’en face. Le toit est en tôle ondulée. Il est tout rouillé. Il est aussi vieux que la bâtisse qu’il protège tant bien que mal de la pluie, de la neige, du vent, de toutes les intempéries, le soleil y compris.
Tout là-haut les pigeons s’organisent en toisant le village. Il y a entre eux une égale distance, un mètre à vue de nez. Et l’illusion commence devant mes yeux chassieux et mon bol de café. Il est sept heures du matin.
On n’entend rien d’ici, pas le moindre roucoulement. Les volatiles se bécotent tout en se becquetant le plumage de concert comme dans un rituel. Qui ose dire encore que ces bêtes-là sont sales et sans amours !
Soudain un pigeon se rapproche d’un autre et brise du même coup le bel écart égal, cette harmonie visuelle, toute cette géométrie. Le quatrième, à droite, s’éloigne alors pas à pas, prend sa place à l’écart et poursuit sa toilette sur le vieux toit rouillé. On sent venir alors une prise de becs, aussitôt parée car l’oiseau exilé – on ne sait pas pourquoi – s’envole et disparaît. On n’est plus à la fête.
Ces pigeons ont un grain dans la tête comme au bec. Les voilà qui se toisent à nouveau et trottinent l’un vers l’autre dans une belle anarchie. Dans un vain battement d’ailes et comme des funambules, ils défont encore l’agencement initial de ma propre esthétique. Et leurs plumes grises redeviennent banales. Je descends de leur ciel (et du mien), déçu de n’avoir pu leur demander ce qu’ils faisaient là-haut sur ce perchoir de fortune.
Je suis redescendu à l’étage supérieur pour écrire ces lignes après l’observation. Audubon n’aurait pas fait mieux malgré ses beaux dessins et ses planches colorées. Je remonte maintenant sous mon toit pour contempler à nouveau la scène et tenter de la comprendre mieux. Le toit d’en face est vide, les pigeons se sont volatilisés. Sans doute ont-ils élu domicile dans des quartiers divers.
A l’horizon, pas la moindre tourterelle, pas l’ombre d’une colombe.
Un poème pour Brigitte Huttner et Kim Cox
An old sturdy Tree had been there –
Planted by Nature – I suppose – a few hundred-odd years
Before a man-made House
Was erected in His plot –
His own territory –
Away from History.
The latter –somewhat embarrassed – wooed the former –
The first One on the list of appearance –
In Walden.
And She made friends with Him.
The Tree was a Mulberry that could bear no fruit
But motionless Love – lavished on the children
Who all lived in the House -
Ran into the garden
Followed by playful puppies –
To enjoy the ball and the Shade –
Maybe the swing.
The Tree still sports his old foliage –
His branches and his boughs –
The Grace of old age –
The Wisdom and the sap.
And the living memories of a stolid trunk –
Oozing treacly tears of joy
From blissful barks.
- « Allez, lève-toi, c’est l’heure ! »
Pour tout vrai travailleur, chaque journée qui commence s’annonce dès le coucher (c’est-à-dire la veille) par un impératif : se lever tôt et promptement. A l’heure dite, le pauvre hère rêve encore d’une autre vie, sans doute, en laissant se dessiner sur son visage endormi ce sourire béat qu’il adresse au plafond de sa chambre, la bouche pâteuse et les yeux collés, déjà chassieux. Il murmure dans ses songes incomplets quelques mots mal articulés, incompréhensibles à tous sauf à lui-même. Les murs, les fenêtres et la lampe ne comprennent pas un mot de ces paroles absurdes sans grammaire ni syntaxe ni vocabulaire. La femme, cette empêcheuse de dormir, ce coupe-rêves qui démolit d’un ton péremptoire toute la fantaisie, n’entend rien non plus à ces palabres incertains.
Pourtant, Lucie (la femme) dormait aussi bien que son homme, posée sur la couche commune tranquillement à ses côtés, presque nue en son simple appareil : une culotte de soie nappée d’une nuisette de couleur assortie et de la même facture. Mais soudain par instinct, comme ce maudit réveil qu’on veut frapper du poing pour le faire taire, la voilà qui se met à sonner : il est grand temps de s’extirper des draps trop froissés par un sommeil trop lourd. La main de l’homme endormi n’ose plus la nuisette, moins encore la culotte.
- « Allez, lève-toi, il est déjà deux heures ! Lève-toi donc ! »
Celui à qui s’adresse cette injonction brutale et insistante se substitue aussitôt au narrateur qui, à cette heure avancée de la nuit (ou très tôt le matin) dort encore à poings fermés d’un sommeil trop injuste. Ledit narrateur reviendra à la fin de cette courte histoire, sonné par son propre réveil.
- « Merci, ô narrateur, cher voisin ! Il est deux heures en effet. Je redeviens brutalement, par un tendre coup de coude et de pied (alors qu’elle se retourne), celui que je n’étais déjà plus dans mes rêves et sous ma couverture. Je pointe le nez vers le plafond et puis les murs, la fenêtre et les volets de la chambre, tous deux clos comme des paupières soulagées d’un bel effort ou d’une grosse fatigue.
Je suis le boulanger, le facteur de pain, le nourrisseur, la bonne pâte. Je bâille. Bâille avec moi, s’il te plaît, cher voisin ! »
- « Allez debout, bon sang ! Dépêche-toi, il faut pétrir et puis faire cuire ! »
Je cesse enfin de dormir, de rêver, de paresser, et je sors aussitôt de mon lit. Je me lève avec lenteur et m’assois à grand-peine au bord du matelas où m’attendent mes pantoufles. Je me console alors d’une belle pensée en enfilant ces gueuses : je réserve le même sort à ma pâte.
Je suis debout, tout seul dans l’obscurité, encore songeur.
Avant de descendre au fournil, j’asperge mon visage d’une eau plus fraîche que celle que je verserai dans mon pétrin, déjà tout émoustillé par le levain de la veille. Mon pétrin : une autre femme peut-être, une espèce de maîtresse, un expert du mélange. Et pour lui rendre ma visite quotidienne avant l’aube, je me pare de blanc, la gueule encore enfarinée (le mot est bien facile, je vous l’accorde, lorsqu’on est boulanger. Mais comprenez-moi : je suis fatigué parce que je n’ai pas assez dormi et suis encore pétri de mes sublimes décors oniriques !)
Chaque jour, je livre tout mon art à un peuple difficile (les croûtes dorées et la mie souple et aérée que ces croûtes renferment et dont j’ai le secret), alors même que tout ce peuple aisé dort encore et ne s’éveillera qu’à l’odeur ressentie du pain tout juste sorti du four. Sans mon pain (et les tourtes et toutes les viennoiseries dont je ne dirai presque rien ici), il s’ourdirait à coup sûr dans les rues de la toute petite ville une très grande révolution. J’ai, au cas où, quelques brioches parisiennes en réserve… Je m’égare.
Je suis seul au fournil, en la compagnie tristounette de ma pâte et de mon four : ils sont muets tous les deux. Je me parle alors à moi-même et regrette en ce jour qui naît à peine ce métier solitaire fait d’eau, de farine, de chaleur, et de sueur !
Je me ravise tout d’un coup et m’en veux terriblement d’avoir eu de si mauvaises pensées. Je caresse alors le rebord de ce pétrin qui nous fait vivre tous. Ce gros récipient contient le mélange essentiel de ces ingrédients simples et secrets qui se lèvent comme moi au milieu de la nuit et me livrent un parfum âcre à défaut de paroles impossibles. Je regrette, avec dans la bouche le goût de la levure, d’avoir maudit ce baquet et tout ce qui l’entoure d’ordinaire ; mes mains en l’occurrence, toujours absentes de mes rêves. Je verse alors à côté de ce puits bienfaiteur quelques larmes contrites en laissant échapper quelques notes de mes lèvres assoupies.
Mes larmes éveillées ont toutes séché à la chaleur ardente de mon four. D’autres gouttes se forment tout de go, que j’essuie aussitôt. Je suis amoureux de la très belle flamme, bien plus que de ses braises.
Je façonne mes pains à la main tout en fredonnant ; je leur imprime une forme en les faisant rouler tendrement dans la caresse de ma paume et de mes doigts. Et je donne à certains – à certains pains seulement, dans la mie et sur la croûte – quelques graines adéquates car la clientèle est friande de variété et d’une certaine originalité. Les moins susceptibles se contentent d’une banette plus ou moins cuite, d’une fougasse ou d’un pain à l’ancienne. Je cesse ici ma diversion de peur que tout ne brûle.
Sur leur plaque allongés, mes pains gonflent comme des femmes ensemencées par l’amour de mes chants solitaires.
Lecteur, je te dis sans fard, bien que tu puisses avoir quelque mal à me croire et me suivre, que le vrai boulanger est un poète authentique ! Tu comprendras très vite et sans plus de doute – si tu viens dans ma boulangerie – que le meilleur des pains se fait tôt le matin ; qu’il se fait par amour, dans un nuage de rêves. Je m’égare encore.
(Au narrateur : tu m’as laissé, si j’ai bien tout compris, la liberté de m’exprimer. Alors ne m’en veux pas trop si je dis n’importe quoi !)
La baguette est formée ; le fendu bientôt prêt. Je m’assoupis un peu encore devant ce four qui a pris la relève. Je somnole et attends.
Quelques minutes après, tandis que je rêve encore de mon beau potager (!), le pain est déjà cuit, il croustille. Il est enveloppé d’un croûte qui embaume la flamme et la braise. J’ouvre alors grand les yeux et les narines comme la porte du four. C’est la première fournée, celle de la matinée. Alerte, heureux, satisfait, je dispose mes baguettes, mes fougasses et mes pains d’autrefois dans des caisses en osier qui s’en vont sans retard rejoindre les clayettes du magasin où tout le monde fait déjà la queue.
Mais où est donc ma mie, ma douce boulangère, ma chérie, mon Amour ?
La voilà tout d’un coup qui pousse la porte de notre boulangerie (quelques heures après moi), bien moulée dans sa robe, les yeux éclairés par la lueur de mon regard épuisé et le nez épaté par le parfum des miches. Elle me regarde, me ravit d’un sourire auquel je ne peux résister malgré toute la fatigue. Elle est chaude et prête à être mordue et engloutie comme une boule sortie du four. Je l’aime alors comme au premier coup d’œil, comme on aime le vrai pain, sa miette croustillante et sa pâte bien levée.
Elle m’a jeté hors du lit ce matin comme toujours parce qu’il le fallait bien. Avant de me rejoindre, elle a aéré notre couette à notre belle fenêtre et fait notre ménage comme à son habitude. Elle s’est levée presque en même temps que moi, quelques minutes après la pâte.
Nous sommes, dit-on, la meilleure boulangerie de notre petite ville. Je le crois volontiers. J’ouvre un grand four et retourne me coucher en longeant les murs de la ville éveillée en cette belle matinée. Je vous réserve demain le meilleur de mon pain, comme hier, aujourd’hui et comme toujours. Lucie vous servira le pain et nos viennoiseries avec un sourire aussi beurré que nos croissants, cependant qu’après mon court sommeil j’irai visiter mes légumes et mes fruits (les ronds comme les oblongs) pour les amender de quelques cendres froides. Je les courtiserai comme je caresse mes pains, par la douceur de mes doigts, de mon sourire et de ma voix solitaires. Comme je caresse Lucie, ma douceur, mon sucre d’orge à moi, mon épi de blé doré. Ma petite miette et ma mie toutes deux réunies sont, sachez-le, et ma levure et mon pain quotidien.
Cyril, boulanger
Commentaire du narrateur : Cyril le boulanger est d’une nature discrète et timide. Je me suis levé aujourd’hui à dix heures du matin, soudain sorti de ma torpeur par le parfum de son pain chaud. J’ai entrepris aussitôt d’écrire en son nom sa déclaration d’amour à Lucie, au peuple amateur de pâte bien levée et bien cuite, à l’effort discret. Et au potager aussi, peut-être.
Bonne nouvelle : trois de mes élèves ingénieurs de 3ème année ont reçu le Prix spécial du jury du concours d’éthique organisé par le Rotary sur le thème « éthique personnelle, éthique professionnelle ».
Ce concours a été organisé fort opportunément, à une époque où règnent le chacun pour soi, le capitalisme financier et la spéculation sur les matières premières, qui va jusqu’à affamer les peuples ; où l’on entend parler presque chaque jour de conflits d’intérêts, d’abus de biens sociaux et d’escroqueries en tous genres, de délocalisations, d’activités industrielles nocives pour la santé publique, de désastres écologiques, de déclassements (qui conduisent parfois les déclassés au suicide), de salaires de misère dans des entreprises très prospères, de licenciements massifs et de fermetures de sites de production (quand les profits des entreprises explosent et que leurs actionnaires s’en mettent plein les poches ; que ces derniers sont les premiers et même les seuls servis)…
Alors, que de jeunes étudiants (la génération montante) aient été invités à (se) poser clairement la question de l’éthique (tout particulièrement celle de la responsabilité individuelle et collective vis-à-vis des autres) et de son impérieuse nécessité est une excellente chose. Cela me met un peu de baume au cœur.
Pour conclure, cette citation du sage Gandhi : « Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux et sentimentaux sont comme des statues de cire : ils ont l’air d’être vivants et pourtant il leur manque la vie de l’être en chair et en os. »
Marseille, 5 avril 2011
Ce matin sur France Info, Karim Zeribi, élu écologiste de Marseille et patron de la RTM (régie des transports de Marseille, RATP locale) s’est exprimé comme un citron sur la laïcité, un sujet qui, sous diverses formes et appellations, donne lieu depuis quelques mois déjà à un « débat » dont la Gauche veut se débarrasser comme le sparadrap du capitaine Haddock.
Si j’ai bien compris le propos de Karim Zeribi (je ne suis pas le dernier des idiots !), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, partout dans le pays, tout le temps. Et dans notre belle ville, bien sûr (ce pour quoi France Info l’a invité) : les Marseillais de toutes confessions vivent en harmonie, partout, depuis toujours. Marseille n’est certes pas « Alice au pays des merveilles » mais on n’a pas de raisons de s’inquiéter ou de se plaindre. Cessons donc de maugréer, de mal voter, de penser et dire n’importe quoi ! Car, qu’on se le dise encore, Marseille est une ville fraternelle, heureuse, harmonieuse, partout, comme toujours. Amen !
Eh bien si, justement, Marseille est bel et bien « Alice au pays des merveilles« , cette histoire impossible où règnent la logique et l’absurde dans un cadre que la Gauche s’acharne à vouloir poétique, lyrique et idyllique. Angélique !
Karim Zeribi, comme ses acolytes (et comme d’habitude), se réfugie derrière des mots, des incantations, des voeux pieux, des chimères, en bref derrière un discours lénifiant (de moins en moins porteur, par la force des choses) qui révèle toute l’impuissance d’une tête enfouie dans le sable et d’un cul bien à l’air, exposé à toutes les forfaitures. Pourvu que l’électeur morde à l’hameçon (c’est la tradition à Marseille…), voilà ce qui importe avant tout !
Que les gens (au-delà de leurs origines ethniques et/ou religieuses) se mélangent ou tentent à tout le moins de « vivre ensemble » ! Qu’ils aillent faire leurs courses dans les mêmes supermarchés ou dans les mêmes souks ! Qu’ils prennent les mêmes bus, les mêmes métros, les mêmes trottoirs ! Qu’ils se sourient aussi, peut-être ! Qui ne formerait pas ce voeu-là ? Qui ne nourrirait pas ce désir pour le bien-être de tous ? Mais voilà que, comme beaucoup d’autres, Karim Zeribi parle de communautés (au pluriel, notez bien), comme au Royaume (dés)uni ! C’est un aveu qui trahit l’idéal républicain.
Karim Zeribi a pourtant osé une expression surannée à laquelle moi, Français, je tiens mordicus : la Communauté nationale. Tout le contraire de ce que certains, qu’il entend pourtant protéger de la « stigmatisation » (un terme très très à la mode), refusent de comprendre, d’admettre, d’accepter et d’aimer.
Moi, Marseillais, sais trop bien, hélas, que ceux avec qui je voulais vivre paisiblement me rejettent parce que je ne suis pas comme eux : je mange du porc, je ne parle ni ne comprends l’arabe, je suis pâle et imberbe et ne porte pas de calotte ; je détourne mon regard en soupirant à la vue d’un voile intégral. Ils me rejettent et me fuient derrière leur voile, leur barbe, leur regard et leur langue. Ils sont bien plus nombreux que moi, alors je baisse la tête. Il m’arrive même de prier pour que rien de fâcheux ne m’arrive.
J’habite pourtant dans ce 14ème arrondissement de Marseille que désertent tous les bobos bien pensants, ces théoriciens du « vivre ensemble ». Dans mon quartier, il n’y a pas une seule boucherie non hallal à part Carrefour ! Je prends des bus excentrés dont Karim Zeribi a la charge mais dont il ignore tout – sur toute la ligne ! Et je me dis, entre la montée et la descente, les oreilles et les yeux bien ouverts, que je vis dans un pays qui a laissé se déliter ses valeurs véritables parce qu’il les croyait intemporelles et universelles, donc à l’abri de toute menace : Liberté, Egalité, Fraternité ! Et Laïcité !
Alors, monsieur Zeribi, prenez le bus, venez chez moi, et cessez de nous faire la leçon ! Mettez un terme à cette rhétorique et ce sophisme aussi risqués qu’irresponsables ! Peut-être apprendrez-vous alors ce que faire de la politique signifie vraiment ! Peut-être aussi, qui sait, prendrez-vous enfin la mesure d’un problème qui semble dépasser tout le monde, vous-même singulièrement. Le racisme, l’intolérance et l’exclusion ne sont pas forcément là où vous croyez !
Lettre à M. Michel Abescat, journaliste à Télérama.
Monsieur,
Votre article dans Télérama (n°3194 du 30 mars 2011) est une merveille ! Merci de l’avoir si bien pensé et si bien écrit !
Quelques questions et commentaires :
De quelle gauche s’agit-il selon vous ? Du PS de Martine Aubry et/ou de ses alliés, que personnellement je vomis (PC, FG, NPA) ? ou bien d’une gauche à la Jaurès, à la Mendès France ou bien encore à la Mitterrand ? Ou peut-être dès aujourd’hui à la Hollande ?
Vous posez fort bien la question de la Politique, au sens grec, originel du terme : « il est grand temps de refaire de la politique ! On ne fait pas rêver un pays en le réduisant à des propositions techniques (…) Ce sont des hommes et des femmes qu’il s’agit de réunir autour d’une vision commune de l’intérêt général, d’un projet de société qui prenne enfin en compte l’ensemble des citoyens ». Pardonnez-moi de vous citer aussi amplement, mais c’est dans ces quelques mots que tout est (fort bien) dit ! Sauf que, pour ce qui concerne notre fiscalité (les « propositions techniques »), Thomas Piketty et quelques autres ont proposé des solutions très intéressantes, qui vont bien au-delà de leur technicité.
mars 31st, 2011 in
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Mardi 22 mars 2011
20 mars 2011, 1er tour des élections cantonales. L’horreur absolue, un tremblement de terre comme au Japon, suivi d’un tsunami et d’une catastrophe nucléaire – ou bien des missiles tirés sur la Libye pour libérer son peuple : le Front National atteint des scores à deux chiffres qui le mettent en position de force dans de nombreux cantons pour le second tour des dernières élections avant les présidentielles. Votez, citoyens ! Et surtout, surtout, votez bien : votez “ré-pu-bli-cain” !
La droite “républicaine” et la gauche “républicaine” s’émeuvent de l’ignoble performance du FN ce 20 mars 2011 ; de cette « vague bleu marine”. Leur esprit se trouble, s’enfume, se délite, se divise. Ici et là, certains prônent un “front républicain” (piètre mièvrerie) contre le FN (piètre rêverie). Ce sera donc front contre front : celui de l’impéritie contre celui des mirages !
Ici et là, encore, les “responsables” des partis politiques “républicains” donnent à “leurs” électeurs et à tous les abstentionnistes des “consignes de vote”. Des instructions, des appels au vote “républicain”, voire au non vote, c’est-à-dire à l’abstention (encore !), dont les mêmes “responsables” politiques se plaignent mais grâce à laquelle ils se consolent de leurs tristes résultats dans des débats télévisés ou radiophoniques convenus, savamment orchestrés. Qu’importe, il faut faire front, à tout prix ! Et voilà que ce front (cette fontanelle) se soude tout naturellement contre un front endurci. Le front “républicain” naissant une fois encore de sa propre cuisse, désarmé faute d’accord véritable, émergeant d’une douloureuse confrontation, d’un affrontement théâtral (et l’aveu collusoire de son impuissance commune face aux difficultés du monde) donne lieu à de sérieuses prises de têtes ! Que faire, bon sang, que faire ?
Le FN n’est pas républicain : il ne porte pas les sacro-saintes valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, c’est clair, dit-on ici et là. Mais qu’entend-on du côté des “vrais républicains” ? Que les électeurs doivent impérativement voter pour tel ou tel candidat “républicain” pour faire barrage au FN ; pour qu’il n’y ait PAS UN SEUL ELU du FN dans les conseils généraux malgré l’expression populaire (ignorante, il est vrai). Heureusement qu’il ne s’agit que du 1er tour (de chauffe, NDLR).
Où est donc la Liberté du citoyen de voter comme il l’entend ? Quel mépris pour l’intelligence et les désirs du peuple (NB : si le mot “peuple” sonne trop populiste à vos oreilles meurtries, préférez-lui celui de “citoyens” ou tout simplement de “gens” !)
Certains caciques de l’UMP, du PS et d’autres partis “républicains” déclarent avec emphase qu’on ne peut pas inscrire le signe = entre le FN et les autres partis (bien que le FN ait une existence légale et donc, si je ne m’abuse, républicaine). De quelle égalité parle-t-on alors ? Je me pose sans cesse la question. Mais, tenez-vous bien, nous sommes tous, quoi qu’il en soit, fraternels et solidaires ! Laïcs, peut-être, à l’occasion. Allons, allons ! Surtout ne pas “stigmatiser” (le mot est à la mode parisienne) les électeurs du FN ! Pardonnons-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font !
Mais qui sont donc ces “autorités (morales ?)” qui glosent à l’envi sur nos valeurs républicaines et entendent dicter aux citoyens la manière de “bien” voter ? qui font l’appel (à la rescousse) ? Les citoyens (les gens, le peuple, la plèbe, le vulgus) seraient-ils à ce point idiots qu’on ait besoin de leur dire l’art de bien voter ?
Piètre démocratie ! Pauvre république ! Triste pays !
- « Vous avez voté “écolo” au premier tour, eh bien votez PS, ou à défaut UMP au second, si d’aventure le cas se présente ! »
- « Vous avez voté UMP au premier tour, pauvre malheureux, alors votez PS, écolo, voire communiste au second ! Faites donc ce qu’on vous dit : il faut faire front, même si le front est dégarni ! »
Si nous sommes vraiment en démocratie, alors qu’on se le dise : il faut laisser aux citoyens le choix de la conscience, de la mémoire, des frustrations, peut-être du dégoût. Et, bien sûr, évidemment, du désir et de l’espoir !
Dimanche dernier, 20 mars 2011, j’ai voté “écolo” par défaut et par dépit. Dimanche prochain, j’aurai le “choix” entre le FN et le PS ! Je n’ai besoin de personne pour blanchir ma conscience et, le cas échéant, régler mes comptes avec elle !
Citoyens, dimanche prochain – et toujours ! – votez en votre âme (si vous en avez une) et conscience politique (s’il vous reste un peu de cette qualité-là dont on voudrait vous priver) !
Amitiés citoyennes.
Le Japon est dans la merde et tout le monde s’inquiète des répercussions économiques mondiales du tremblement de terre, du tsunami et des fuites radioactives ! Tout le monde se désole puis s’écarte, fuit, déserte. Les bourses se cassent la gueule, une fois de plus, parce qu’elles sont le reflet trompeur d’un bonheur artificiel et faux, sans aucune empathie, sans la moindre générosité, sans une once de courage. Du fric, du pognon, des billets, des lingots, vite ! Plus vite encore ! Ah, ah… cette manne bénie qu’on dit providentielle, qu’on récolte dans des rires nerveux ! Qu’importe alors les autres, qu’ils soient proches ou lointains !
Les riches comme les pauvres crèveront tous un jour, de faim, de maladie, d’accident naturel ou tout bêtement de vieillesse. J’espère que tous mourront en hommes !
Quand les êtres humains comprendront-ils qu’ils sont une même espèce sur la même planète ? Hier, nous étions tous haïtiens ! Aujourd’hui, nous sommes tous japonais. Blabla politiquement correct qui nous donne bonne conscience… Et demain ? hein, demain ? et pour combien de temps encore ?
Allez, allez, braves gens, dormez bien ! Ou alors, réveillez-vous !
Le Japon a tremblé.
Ses centrales englouties
En nuages déglutis
Par tous les hommes – d’emblée –
Font que la Terre entière –
Si fière et si altière –
Redoute sa frayeur :
Elle attend. Elle a peur.
Voilà donc aujourd’hui
Que l’action planétaire
Dans l’effroi et le bruit
Chute et se met à terre.
Les marchés et leurs laies
Pensent ce jour à leurs plaies :
A Tokyo, Francfort, Paris, New York ou Londres –
On se met à l’abri – tous au chaud, bien à l’ombre –
Tous à l’horizontale.
Devant la mer léthale
Et la trombe qui plut –
On ne se vautre plus.
Ces bourses sempiternelles
Manquent toujours de couilles –
Mais jamais de cervelle :
Elles s’en mettent plein les fouilles :
«Et le cours de la houille ?
Et celui du pétrole ?
Du nickel, du cobol ?
Et du cobalt ? – Ouille ! »
La confiance chancèle puis s’effondre –
Comme vont les immeubles et les vies –
Et tous ces maudits portefeuilles
(car la terre tremble comme une feuille) –
Gorgés d’appétits et d’envie –
Tandis que certains cœurs vont fondre.